Portail d’entrée du manoir de la Chevallerie, un peu d’histoire.

  1. Portails d’entrée du XVe siècle
  2. Documentation sur le portail de la Chevalerie
  3. Le mur écran
  4. La grande arcade
  5. L’ébrasement intérieur de la grande arcade

Portails d’entrée du XVe siècle

Rares sont les portails seigneuriaux qui subsistent, et encore plus ceux qui remontent à la fin du Moyen Age, particulièrement dans les résidences qui n’ont pas de fortifications, comme à la Chevalerie. On connaît des châtelets d’entrée à Chéronne (XVe, à Tuffé) et à Pescheray (XVIe, au Breil-sur-Merise), ou plus tardifs (Courtanvaux, à Bessé, vers 1550). Mais ce sont là des ouvrages qui accompagnent des ensembles fortifiés et qui correspondent à des châtellenies, ou des hautes justices.

Les seigneuries qui n’ont pas de droit particulier de se fortifier, comme sont les simples basses justices (et la Chevalerie appartient à cette catégorie) n’ont pas de tels bâtiments d’entrée. Seulement une ouverture dans un mur de clôture. Très peu sont conservées, probablement parce que l’usage agricole a rendu gênants ces écrans, et que leur démolition a été ardemment souhaitée par les fermiers.

Il ne semble pas subsister d’ouverture de ce type dans la Sarthe. Dans le Loir et Cher, on peut citer l’entrée aujourd’hui très dégradée du manoir de Bonaventure, à Mazanger, près de Montoire, avec sa tourelle d’angle. Il faut retrouver des images plus anciennes, montrant les portails avant leurs démolitions.

Les restes du portail d’entrée du manoir de la Bonaventure
à Mazangé (41) avant restauration

A ce titre, le dessin réalisé en 1699 pour le collectionneur Gaignières du petit manoir construit pour le roi Charles VII près de Chinon, dénommé lui aussi Bonaventure, est instructif. Il montre un logis de peu d’importance placé avec ses dépendances dans une cour, le tout enfermé dans une enceinte de murs ordinaires, avec un portail d’entrée. Ce dernier se compose d’une porte charretière à doubles battants et une porte piétonne à côté, le tout sous une portion de mur simplement plus élevée et couverte d’une petite toiture. On n’est pas très loin de ce qui existe aujourd’hui à la Chevalerie, la porte guichetière en plus. Surtout, l’arcade de la Chevalerie ne date plus du XVe siècle

Le portail d’entrée du manoir de Bonaventure, près de Chinon, bâti par le roi Charles VII, dessiné en 1699

Il faut imaginer à la Chevalerie un portail d’entrée de même type que celui de la Bonaventure, près de Chinon. Un mur plus élevé au dessus des deux ouvertures (cochère et piétonne) avec une petite toiture. La mouluration dessinée en 1699 à la Bonaventure est tout à fait conforme aux modes constructifs du XVe siècle. L’ouverture charretière d’origine n’était sans doute pas aussi large qu’aujourd’hui à la Chevalerie, ce qui laissait la place d’ouvrir un guichet sur son côté sud. Les vantaux étaient pleins, constitué côté du dehors de planches verticales, sûrement doublés côté intérieur de planches épaisses posées dans le sens horizontal, le tout fixé à gros clous forgés.

Documentation sur le portail de la Chevalerie

Les images les plus anciennes du portail de la Chevalerie ne remontent pas au-delà du début du XXe siècle mais le plan cadastral de 1829 prouve qu’il n’a pas été modifié dans son emplacement depuis le début du XIXe siècle. Du côté des textes, il n’existe qu’une seule mention du portail, celle
contenue dans la montrée de l’an 2 qui est on ne peut plus sommaire :

« Que le portail de l’entrée de la cour est en passable état ».

Au défaut de documents plus précis ou plus anciens, l’observation de l’état actuel du portail supplée aisément, car il n’est pas différent de ce que l’on voir sur les photographies du début du XXe siècle. Bien plus, il semble n’avoir pas été retouché depuis plusieurs siècles.

Le mur écran

Face au court chemin d’accès se dresse un mur de clôture qui mesure aujourd’hui 2,76 m long au sud (à gauche) de l’arcade, et 4,60 m au nord (à droite) de l’arcade, l’ouverture mesurant quant à elle 2,90 m.
Ainsi cet écran mural mesure en totalité 10,26 m de long.

Le porche d’entrée de la Chevalerie en 1927
Le portail d’entrée de la Chevalerie en 1930

On ne peut pas non plus exclure un type de couronnement plus ornemental, tel qu’un crénelage, mais à notre avis cela paraîtrait disproportionné par rapport au statut féodal de la Chevalerie. Quant à l’éventualité d’un chemin de ronde, elle ne nous paraît guère crédible. Tout d’abord pour la raison que la Chevalerie n’a aucun droit de fortification. Et aussi parce qu’aucune disposition à droite ou à gauche du mur ne peut s’accorder avec une telle hypothèse : il n’existe pas d’escalier dans la cour pour monter en haut du mur, il n’y a pas de trace d’ouvrage militaire comme créneaux ou mâchicoulis. Quant à l’image seigneuriale du portail, elle résulte suffisamment du mur d’enceinte et du caractère monumental de l’arcade et de sa tour de flanquement.


Il n’est inutile de remarquer que l’extrémité sud-ouest de la maçonnerie du mur écran entoure l’angle de la dépendance, ce qui est une preuve indubitable que cette dernière est antérieure au mur.

Le mur écran est bâti en moellons avec un mortier de chaux et sable. Son épaisseur mesure 84 cm. Sa hauteur au point le plus élevé atteint 4,90 m. Mais c’est à son sommet que le mur a le plus souffert, aussi, on ne peut être très précis sur la hauteur primitive et pas davantage sur le type de couronnement à l’origine. S’agissait-il d’un chaperon à deux pentes, d’un glacis avec une pente vers la cour pour l’écoulement de l’eau, ou bien une tablette de pierre de taille dure ?

Au contraire, à l’extrémité nord-est du mur écran, la maçonnerie pénètre la tour de flanquement. Mur et tour semblent absolument contemporains. D’ailleurs, côté cour, le mur forme un petit virage correspondant à la forme de la tour. Ainsi, on comprend pourquoi le grès roussard et le tuffeau apparaissent à la Chevalerie dans ces deux constructions : il s’agit de la même campagne de travaux.


La grande arcade

Le grand portail, sous sa forme actuelle mesure 2,90 m de large et 2,70 m de haut à la base de l’arcade et 3,90 m sous clef. Il est encadré de montant verticaux en grès roussard et couvert d’un arc en anse de panier entièrement appareillé en pierre de taille blanche. Il s’agit d’une pierre de taille calcaire semi dure de type calcaire oolithique.
Vu de l’extérieur, les montants sont posés sur une base en grès roussard saillante. Le cadre est décoré d’un chanfrein qui vient mourir sur un congé marqué sur le quatrième piédroit en partant du sol. Les trois piédroits inférieurs sont plus larges et on y voit les vestiges d’une mouluration, sous le congé.
L’arc en anse de panier est également chanfreiné. Au centre, on remarque que la clef est saillante et taillée en pointe de diamant, un décor qui n’apparaît guère avant la fin du XVIe siècle et qui se répand surtout à partir du début du XVIIe siècle. De part et d’autre de cette agrafe, on voit que les deux claveaux sont attachés en semble par une petite fourche en fer forgé, renfort qui remonte manifestement à l’origine de la construction.


Dans l’ensemble, ces caractères évoquent une reconstruction de l’arcade vers 1600, si ce n’est même plus tard.

Le portail d’entrée de la Chevalerie vers 1930 (détail)

Au dessus de l’arcade le mur se continue mais une partie de sa hauteur a été supprimée lors de la construction de la petite couverture à deux pentes. Cette dernière existe déjà sur la photographie du début du XXe siècle. Mais il est douteux qu’elle soit antérieure au XIXe siècle. Avant qu’elle soit construite, le mur au-dessus de l’arcade devait avoir au moins la même hauteur qu’à droite et à gauche, voire davantage, comme on l’observe sur le portail du manoir de Bonaventure. Vu l’époque de construction de cette arcade (vers 1600), on ne peut pas exclure qu’il ait existé un entablement, d’une expression très simple compte-tenu du caractère rustique de ce qui subsiste. Peut-être seulement le ressaut d’une corniche qui a pu couronner tout le mur.

Le portail d’entrée de la Chevalerie vers 1940 ou 1950 (collection Durand)

L’ébrasement intérieur de la grande arcade

L’ébrasement du portail est également bordé de montants en pierre de taille, mais les assises de roussard montent moins haut. Il est vrai que ces montants sont moins sujets aux frottements que le cadre extérieur, étant protégé par les vantaux de bois lorsqu’ils sont ouverts. Ce détail prouve d’ailleurs que le grès roussard est plutôt économisé à la Chevalerie, que l’entrepreneur l’a considéré comme un matériau plus onéreux que la pierre de taille blanche. L’ébrasement est couvert d’un linteau composé de trois pièces parallèles de charpente. Dans celle qui jouxte l’arcade extérieure, on observe encore les deux trous servant à l’axe de rotation supérieur des vantaux de chêne. L’axe inférieur était sûrement en fer et devait tourner dans un trou creusé dans un bloc de grès dur. Mais tout cet ouvrage ne peut pas être plus ancien que 1600 environ.
Les gonds qui existent actuellement dans l’ébrasement ne datent que du début du XXe siècle. Ils y ont été entés pour permettre de faire tourner deux vantaux en claire-voie qui n’existent pas encore sur la carte postale du début du XXe siècle mais que l’on voit sur les photos de la famille Durand.

Le revers du portail d’entrée de la Chevalerie, carte postale du début du XXe siècle (détail)

Dans le prochain article sur le portail : l’état des lieux à l’acquisition en 2011.

La majorité du texte provient de l’étude historique rédigée par Damien Castel, 4ème trimestre 2014
Tous droits de reproduction (texte et images) sont réservés

Journées du patrimoine 2023 – en images.

C’était une fin de semaine mémorable pour les amoureux du patrimoine historique dans le perche Sarthois, alors que les Journées du Patrimoine ont ouvert les portes de nombreux monuments historiques à travers notre région. Pendant tout le week-end, au manoir de le Chevallerie, l’énergie enthousiaste de son propriétaire, Jean-François Lecomte, a guidé les visiteurs avec un sourire chaleureux et a répondu avec passion aux nombreuses questions posées par un public captivé. Malgré un temps mitigé, les visiteurs venus d’horizons très hétérogènes ont créé un environnement d’échanges enrichissants pour tous.

Les visiteurs qui ont eu la chance de participer à l’une des visites guidées de Jean-François Lecomte ont été témoins de son profond attachement au manoir et à son histoire. Avec un savoir encyclopédique, il a guidé les groupes autour des bâtiments, dévoilant des détails fascinants sur son architecture et l’histoire de ses anciens propriétaires.

Quelques photos

Tour du portails d’entrée – Etat des lieux à l’acquisition

Le portail d’entrée et le mur écran dans lequel s’ouvre le portail est contemporain de la tourelle qui le ponctue au nord.
Celle-ci est conservée mais on y voit de nombreuses modifications, parfois de détail, parfois importantes.

Voici un état des lieux à l’acquisition.

  1. Visite extérieure de la tour
    1. Côté sud de la tour
      1. Quelques photos historiques
        1. 1927
        2. 1930
        3. 1973
        4. 2012
        5. 2023
      2. Description :
    2. Côté Est de la tour
    3. Côté nord de la tour
    4. Côté nord-ouest de la tour
    5. Côté ouest de la tour aujourd’hui
    6. Côté ouest de la tour à l’origine
  2. Parties intérieures
    1. Le rez-de-chaussée de la tour
    2. Le premier étage de la tour
    3. Le comble de la tour

Visite extérieure de la tour

La tour est construite en moellons, mortier et enduits à chaux et sable, avec des ouvertures encadrée de pierre de taille et une corniche de même. La pierre de taille employée varie selon les niveaux : roussard pour les baies d’origine, tuffeau pour un jour percé plus tard et pour la corniche d’origine.
On remarque en outre des restes de bandeau au lait de chaux au-dessous de la corniche. La corniche ne subsiste qu’à l’état fragmentaire.
Les portions subsistantes n’ont plus leur mouluration d’origine. Il ne reste que le cavet du bas. La partie supérieure a été buchée à la fin du XIXe siècle : il pouvait s’agir un quart de rond ce qui au total aurait dessiné une doucine.
Plusieurs morceaux de corniche ont disparu, et un pan entier du mur de la tourelle a été reconstruit côté ouest vers 1930 ou 1940, ce qui va être à présent détaillé.

Côté sud de la tour

Quelques photos historiques

1927

1930

1973

AP12R065073 ; AP12R065074; AP12R065075; AP12R065048;

Les photos ci dessus sont issues de la base Photographies (Mémoire). Crédit photographique

© Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, tous droits réservés

Photographie fournie par l’Inventaire des Pays de la Loire.

2011

2012

2023

Photographie de @chris et nico
Instagram : chrisetnico.photos

Description :

Le côté sud de la tour se trouve à l’extérieur du mur d’enceinte. On y trouve en bas une meurtrière utile pour un tir de flanquement. L’ouverture est bouchée mais elle semble mesurer 10 cm de large et 52 cm de haut.
Tout autour, le cadre est en grès roussard. Cette ouverture paraît tout à fait d’origine et sans autre modification que son bouchement.

Un peu plus haut, on voit un petit jour mesurant 31 cm de large et 41 de haut tout encadré de tuffeau. Tout autour, l’enduit a été refait lors de la création de ce jour et paraît bien différent de l’enduit précédent (sans doute celui d’origine) qui subsiste tout autour. Cette ouverture est difficilement datable : XVIIIe ? Il semble qu’au XIXe siècle (même au début) ce soit plutôt la grosse brique vernissée qui ait été mise en œuvre à la Chevalerie pour encadrer les jours : on en voit de nombreux ainsi construit sur les dépendances agricoles.
Plus haut encore se trouve la fenêtre destinée à éclairer le premier étage de la tour. Obturée de maçonnerie, elle paraît mesurer 57 cm de large et 113 de haut. Son cadre est en grès roussard, décoré seulement d’un chanfrein se terminant sur un congé, et d’un rebord mouluré. On y voit encore un trou pour un barreau de fer sous le linteau et un autre au dessous, sur le rebord.

Tout en haut du mur, sur la corniche en tuffeau est inscrite la date de réfection de la toiture :

Renoux 1906
Couvreur
1906

Détail de la corniche, côté sud de la tour

Côté Est de la tour

Du côté Est, l’élévation conserve un enduit ancien, qui paraît d’origine. Il n’y pas d’ouvertures de ce côté. Si, sous la toiture, une partie de la corniche maque, c’est parce qu’il y avait là le passage d’un ancien tuyau de cheminée à présent disparu. Sur la corniche on voit une inscription : «1894», qui doit correspondre à une autre reprise de la toiture.

Détail de la corniche, côté Est de la tour

Côté nord de la tour

Il n’y a pas davantage d’ouvertures du côté nord de la tour, c’est à dire du côté de la parcelle de terre dénommée le verger. Par contre, comme du côté Est, l’enduit qui est conservé paraît bien d’origine. Cela n’est d’ailleurs pas surprenant puisque ce sont les côtés les moins exposés aux intempéries et à l’ensoleillement, donc aux variations de température.

Au haut de l’élévation un distingue encore très clairement les restes d’un bandeau blanchi à la chaux sur l’enduit sous la corniche. Il est manifeste que le bandeau se poursuivait à l’origine tout autour de la tour

Les restes du bandeau réalisé au lait de chaux sur l’enduit d’origine, sous la corniche, côté Est de la tour.

Plus bas, au dessus du mur d’enceinte (c’est-à-dire de la dépendance) on voit une différence dans l’enduit qui se manifeste par une réfection d’enduit plus claire, presque blanc, avec un moellon qui dépasse de la surface de l’enduit. Ce sont les signes manifestes d’un rebouchage ancien, mais de quoi ? S’agit-il de la démolition d’un mur qui venait s’appliquer contre la tour à cet endroit, autrement dit la preuve que le mur d’enceinte primitif était beaucoup plus haut qu’actuellement ? Si l’on en croit ces traces d’enduit, il aurait mesuré plus de 3 m de haut. Il peut y avoir une autre explication comme le bouchage d’un trou qui se serait formé par usure, hypothèse qui mérite d’être évoquée car au droit de ce rebouchage, il existe une fissure traversante, montant jusqu’à l’arase du mur et qui a été rebouchée vers 1930 lors des travaux de reconstruction de l’élévation du côté ouest (même enduit de couleur ocre jaune).

Est-ce d’un ancien mur d’enceinte ayant précédé la dépendance actuelle (à droite) ? Ou plutôt d’une fissure, celle-là même qui se prolonge jusqu’à l’arase du mur et qui a été bouchée vers 1930/40 (enduit ocre jaune et corniche manquante bouchée avec des briques). On voit aussi que l’arrondi de la tour se poursuit vers l’ouest et que le mur de la dépendance s’appuie sur la tour, preuve qu’il est plus récent.
Une partie de l’élévation nord de la tour est cachée par la maçonnerie début XIXe de la dépendance. Si l’on rentre dans la dépendance, on retrouve d’ailleurs l’arrondi de la tour. Cette vue aérienne permet de l’apprécier.

Côté nord-ouest de la tour

Le côté nord ouest de la tour est visible depuis la cour intérieure. On y voit au rez-de-chaussée une meurtrière, une fente mesurant 4 cm de large sur 42,5 cm de haut avec un trou rond au milieu. Elle est tout encadrée de roussard. Elle se situe aujourd’hui côté intérieur de l’enceinte, en face du pignon de la dépendance agricole. Or, une ouverture de tir de flanquement se situe nécessairement à l’extérieur de la cour.

Ceci amène à affirmer qu’il existait à l’origine un mur de clôture différent qui reliait la tour à l’angle du principal logis d’habitation.

Ce que l’on sait aussi, c’est que la tour et le mur écran ont été bâtis concomitamment ; que la tour est antérieure à la clôture nord actuelle de la cour ; qu’un mur de clôture plus ancien laissait la meurtrière nord-ouest à l’extérieur de l’enceinte et partait par conséquent en droite ligne vers l’un des angles Est du principal corps de logis. De ce fait, l’aile Est du logis d’habitation est nécessairement postérieure puisque le mur primitif, disparu, la laisse à l’extérieur de l’enceinte.

Chronologie des constructions liées à la tour :

  • En jaune les bâtiments plus anciens que la tour et le mur écran du portail.
  • En rouge, sans doute au tout début du XVIe siècle, une campagne de construction comprend la tour et les murs d’enceinte qui lui sont liés.

Celui du portail subsiste (mais pas le portail), celui qui se dirige vers le logis a été démoli lors de la construction de l’aile orientale d’habitation

Côté ouest de la tour aujourd’hui

Le côté de la tour qui fait face à la cour intérieure est celui qui a été le plus modifié. La carte postale du début du XXe siècle montre son état d’origine qui a depuis entièrement disparu.

Il a été reconstruit en entier vers 1930 du sol jusqu’au dessous de la charpente. L’enduit y est différent, plus régulier et plus ocre. On y voit une porte au rez-de-chaussée et une fenêtre au premier, entièrement entourées de grosses briques violacées avec des linteaux en bois. Il s’agit encore de maçonnerie à chaux et sable, mais les maçons ont appliqué entre les briques des joints en ciment. Le mur monte jusqu’au bas de la charpente. Il n’y a pas de corniche mais un alignement de grosses briques violacées.

Les côtés nord et ouest de la tour, où l’on voit la reconstruction du côté ouest et les reprises du côté nord, notamment sous la toiture.

Côté ouest de la tour à l’origine

Grâce à la carte postale ancienne, on voit qu’à l’origine, la porte se trouvait dans l’angle formé par la tour et le mur du portail. Le jambage de gauche paraît en pierre calcaire avec des réparations plus récentes faites avec des briques. Quant au jambage de droite, il n’est guère visible sur la photo. De ce jambage, il reste encore aujourd’hui la base : elle est en grès roussard et posée sur un reste de seuil. C’est le signe que la porte était à l’origine encadrée de grès roussard.

Le couvrement de la porte consiste en un arc segmentaire en pierre blanche. Le vantail paraît peu ancien. Il est d’ailleurs rectangulaire et ne ferme pas la partie haute de l’ouverture. Ses pentures sont posées à l’envers (côté extérieur). Il serait étonnant que la porte d’origine ait été encadrée en pierre calcaire tandis que toutes les autres baies d’origine de la tour sont en grès roussard ! D’autant qu’une bonne construction commande de mettre la pierre la plus résistante (le roussard) au rez-de-chaussée, surtout aux portes, plus sujettes à des frottements. Par conséquent, on peut penser que la porte a pu être repercée bien après la construction de la tour, peut-être à la fin du XVIe ou au XVIIe siècle. Ce qui est certain, c’est qu’il n’existe aucune marque de porte à un autre emplacement.

Le côté ouest de la tour, avant reconstruction (zoom de la carte postale ancienne)

La fenêtre du premier étage s’ouvre au-dessus de la porte, sans être alignée. Elle se trouve au plus près de l’angle du mur du portail. Elle est à peine moins haute que la fenêtre qui s’ouvre du côté sud de la tour. Son cadre en grès roussard paraît avoir été partiellement muré dans sa partie basse. Son rebord a été brisé. Au dessous du cadre de la fenêtre on trouve deux assises de grès roussard. Il ne s’agit pas de piédroits qui prolongeraient vers la fenêtre vers le bas jusqu’à en faire une porte, mais des pierres qui ne n’alignent pas avec les montants de la fenêtre et qui ont un rôle de chaînage. La nature de la pierre employée (roussard) indique une ouverture d’origine. On ne voit pas sur la photo le montant de droite et l’on ne peut déterminer s’il est masqué par le mur du portail ou non.
Plus haut, la photo ancienne montre des vestiges de la corniche en tuffeau et du bandeau marqué au lait de chaux qui la souligne.

Parties intérieures

Le rez-de-chaussée de la tour

A l’intérieur de la tour, le rez-de-chaussée a dû servir longtemps de toits à porcs. Ce peut être son usage dès l’origine, d’ailleurs. Le sol est au-dessus du niveau de la cour de 15 cm environ (hauteur d’un seuil). Il est actuellement revêtu de briques violacées du début du XXe siècle.
La pièce est de plan quadrangulaire irrégulier. Elle mesure 3,70 m dans les sens Est/Ouest et 3,34 m dans le sens nord/sud.
Les murs ont été entièrement renduits à diverses époques à chaux et sable.
Le mur nord est rectiligne on n’y voit aucune particularité, pas même les traces de la meurtrière qui s’y trouve pourtant. Les enduits ont définitivement masqué jusqu’au cadre intérieur qui doit pourtant être en roussard. En haut du mur, on aperçoit les marques laissées dans le mur par le plancher initial qui était un peu plus bas que l’actuel. Il n’y pas davantage de particularités sur le mur Est. Il forme un angle à peu près droit avec le mur nord. Côté sud, on ne voit plus l’autre meurtrière, également masquée par les enduits refaits à plusieurs reprises. Grâce à la petite fenêtre entourée de tuffeau à l’extérieur (du XVIIIe siècle ?), on peut mesurer l’épaisseur du mur à cet endroit : 93 cm. Dans l’angle des murs sud et Est, en haut, on voit le bas du jambage de la cheminée du premier étage, preuve supplémentaire que le plancher supérieur du rez-de-chaussée était initialement plus bas qu’aujourd’hui.

On verra plus d’images lors de l’ouverture des fenêtres.

Quant au mur Sud, il résulte entièrement de la construction des années 1930/40, à l’exception de son angle sud où subsiste encore un peu de la maçonnerie d’origine ce qui permet de voir que le mur avait au départ une épaisseur de 67 cm (aujourd’hui de 43 cm).

A l’origine, la hauteur du rez-de-chaussée était de 2,55 m sous solives. Il est aujourd’hui plus haut de 53 cm environ. Lors des travaux des années 1920, des solives ont été reposées et couvertes d’un traditionnel torchis, mais sans enduit par-dessous.

Le premier étage de la tour

Le niveau du sol du premier étage était à l’origine 53 cm plus bas qu’aujourd’hui. Les traces de l’ancien plancher et la conservation des enduits d’origine le prouvent. En effet, le mur enduit et blanchi se poursuit jusqu’en haut du rez-de-chaussée actuel.
Le plan quadrangulaire du premier étage est identique à celui du rez-de-chaussée.

Le mur nord conserve entièrement son enduit blanchi à la chaux qui prouve que cette pièce était habitée. Plusieurs fermiers du XIXe siècle ont utilisé ce mur comme un tableau d’écriture : ils ont laissé leur nom, parfois une phrase littéraire et des dates (1842, 1861, 1869, etc.).

Le mur Est ne diffère pas du précédent. Il porte aussi de nombreuses inscriptions de même type.


Dans l’angle nord-est se trouve une cheminée dont le foyer est pratiqué dans l’épaisseur du mur de sorte que le chambranle est sur le même plan que le mur. Il est construit en pierre de taille calcaire. Les jambages descendent jusqu’à 53 cm au-dessous du sol actuel. Au total le foyer d’origine mesurait 99 cm de large sur 93 de haut. Cette cheminée ne portant aucune moulure ne peut être datée. Elle est évidemment ancienne.
Rien ne montre qu’elle serait postérieure à la construction de la tour.

Premier étage de la tour : haut de la cheminée d’un type plutôt connu à la fin du XVIIe siècle

Le mur sud est percé de la fenêtre d’origine dont l’ébrasement est encadré en grès roussard, sauf le jambage le plus haut et le couvrement en linteau clavé qui sont en tuffeau. L’ouverture est murée mais en passant par quelque vide on parvient à mesurer à mesurer l’épaisseur du mur au premier étage : 75 cm, par conséquent moindre que celle du rez-de-chaussée (presque 20 cm de moins).


Tout le mur ouest date de la reconstruction de cette portion de la tour, à l’exception de la maçonnerie qui fait l’angle sud-ouest. Le mur nouveau a la même épaisseur qu’au rez-de-chaussée. L’ouverture est de même construction : entourée de grosses briques violacées ornées de joints au ciment.


Le plancher supérieur, construit à 2,93 m du sol d’origine, a presque entièrement disparu. Il était constitué de torchis enduit et blanchi par dessous d’une épaisseur de 23 cm. Il était porté par sept solives de 16 cm d’équarrissage placées dans le sens Est/Ouest et espacées de 26 à 30 cm.
Chaque extrémité des solives s’enfonçaient de 15 cm dans le mur. Il n’en reste qu’une seule, celle qui longe le mur nord. Les autres ont été arrachées laissant seulement leur empreinte. Un huitième solive, plus courte, longe le mur sud et reste en place.

Le comble de la tour

Au-dessus du premier étage, le grenier est entouré d’un mur de renchaussement de 1,53 m qui n’est recouvert que d’un enduit dégrossi.
Le comble conserve sa belle charpente. On y observe un chevêtre du côté Est qui indique le passage du tuyau de cheminée. L’extrémité ouest des tirants est quelque peu pourrie et les bâtisseurs des années 1920 les ont soutenues par une pièce de bois posée dans le sens nord/sud. La pente du toit atteint 68 °.


La couverture d’ardoise a été réalisée par le couvreur Renoux en 1894 et 1906, selon les inscriptions gravées sur la corniche. Il y a placé au sommet un épi de faîtage décoré d’un dauphin en fer blanc.

La majorité du texte provient de l’étude historique rédigée par Damien Castel, 4ème trimestre 2014
Tous droits de reproduction (texte et images) sont réservés