La tour d’entrée du Manoir de la Chevallerie – cinq siècles d’histoire

La tour d’entrée, carnet de restauration, épisode 1

Lorsque l’on arrive à Sainte-Cérotte, dans la Sarthe, la tour d’entrée du Manoir de la Chevallerie se découvre juste à côté du portail. Sa silhouette ronde et sa haute toiture accompagnent les premiers pas du visiteur. On la remarque, on la photographie… puis on franchit l’entrée pour découvrir la cour et le logis.

Avant de commencer les prochains travaux de sécurisation, nous vous proposons de nous arrêter devant cette tour. De regarder ses fenêtres, ses pierres, ses murs. Et de pousser sa porte.

Car derrière cette silhouette familière se cache une histoire de près de cinq siècles, faite de constructions, de transformations et de réparations. Une histoire dont certains chapitres se lisent encore directement sur le bâtiment.

Tour d’entrée et portail du Manoir de la Chevallerie à Sainte-Cérotte
La tour et le portail : une silhouette qui accompagne l’arrivée à la Chevallerie depuis plusieurs siècles.

La tour d’entrée : une construction probable au début du XVIᵉ siècle

À quelle date la tour a-t-elle été bâtie ? Nous aimerions pouvoir répondre par une année précise. Mais aucun document d’archives identifié dans l’étude historique ne permet de dater sa construction avec certitude.

Il faut donc interroger le bâtiment lui-même.

Les encadrements anciens de ses fenêtres, leurs moulures et la manière dont les maçonneries ont été assemblées fournissent plusieurs indices. L’étude historique propose ainsi une construction probablement au début du XVIᵉ siècle, à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance.

Cette datation reste une hypothèse argumentée. Elle donne néanmoins toute sa profondeur à cette petite tour : lorsque nous la regardons aujourd’hui, nous contemplons un bâtiment qui pourrait avoir traversé quelque cinq cents ans d’histoire.

Fenêtre ancienne de la tour, avec encadrement en grès roussard et appui mouluré
La fenêtre ancienne située du côté extérieur, au sud de la tour.
L’encadrement de cette fenêtre conserve des formes caractéristiques de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance

Sous le linteau, on aperçoit le trou pour un barreau de fer. il existe de la même façon sur le rebord mouluré. Le chanfrein appliqué sur le cadre en roussard, avec congé en bas des piédroits et la mouluration du rebord, sont caractéristiques de la fin du XVe siècle et du début du XVIe

La tour et le mur du portail : une histoire commune

La tour n’a pas été simplement ajoutée contre un mur déjà existant. À leur jonction, les maçonneries sont étroitement liées : c’est un indice important, qui conduit l’étude à considérer que la tour et le mur du portail ont été construits lors d’une même campagne de travaux.

Il faut toutefois distinguer le mur de l’entrée et le portail lui-même, dont l’histoire comporte ses propres transformations.

À l’origine, l’organisation de la cour était également différente. L’étude restitue un ancien mur d’enceinte reliant la tour au corps de logis, selon un tracé qui ne correspond plus à la clôture actuelle. La construction de l’aile Est est venue modifier cette disposition.

La disposition actuelle ne raconte qu’une partie de l’histoire : un ancien mur reliait vraisemblablement la tour au logis selon un autre tracé.

Protéger l’entrée… et marquer le seuil

La position de la tour, au voisinage immédiat du portail, n’est pas anodine. Ses petites ouvertures de tir témoignent d’une organisation destinée à surveiller et à protéger les abords de l’enceinte.

L’une de ces meurtrières se trouve aujourd’hui du côté de la cour. Cette situation peut surprendre : une ouverture destinée à couvrir les abords d’un mur devait regarder vers l’extérieur. Elle constitue justement l’un des indices utilisés pour reconstituer l’ancienne disposition de l’enceinte.

Mais la tour avait aussi une présence visuelle. Avec le mur du portail, elle marquait l’entrée de la propriété et participait à l’image de la demeure seigneuriale.

Quelle était la part de protection, et quelle était celle de représentation ? Nous reviendrons sur cette question dans le prochain article. Pour l’heure, retenons que ces petites ouvertures racontent une organisation ancienne que les transformations du manoir ont rendue moins évidente.

À l’intérieur, les traces d’une vie quotidienne

Vue de l’extérieur, la tour évoque d’abord l’enceinte et l’entrée du manoir. Son intérieur raconte une histoire plus quotidienne.

Au premier étage, une cheminée et des enduits blanchis à la chaux témoignent d’une pièce aménagée pour être occupée. Sa fonction précise et la succession de ses occupants ne sont pas entièrement connues.

Les murs conservent pourtant des traces très personnelles de ceux qui l’ont fréquentée. L’étude relève des noms, des phrases et plusieurs dates du XIXᵉ siècle, notamment 1842, 1861 et 1869, attribués à des fermiers.

Ces inscriptions donnent soudain une autre dimension au bâtiment. L’histoire de la Chevallerie se lit dans ses grandes transformations architecturales, mais aussi dans quelques mots laissés sur un mur.

Le rez-de-chaussée a connu des usages plus utilitaires. L’étude suggère qu’il a longtemps servi d’abri à porcs, sans permettre de fixer précisément le début de cet usage.

Au fil des siècles, le domaine a donc adapté ses bâtiments à ses besoins. Une même tour pouvait conserver les marques de son rôle dans l’enceinte tout en accueillant des activités liées à la vie agricole.

Au XIXᵉ siècle, une dépendance vient s’appuyer sur la tour

La petite dépendance attenante appartient à une autre période de construction. Ses caractéristiques évoquent le XIXᵉ siècle, et elle figure déjà sur le cadastre de 1829. L’étude y reconnaît vraisemblablement une ancienne étable.

Un détail permet de comprendre cette succession : à l’intérieur de la dépendance, on retrouve l’arrondi de la tour. Le bâtiment plus récent est venu s’appuyer contre elle.

Cette rencontre entre deux constructions d’époques différentes est toujours visible. Elle est aussi au cœur des prochains travaux, qui concerneront la tour et le bâtiment attenant.

Un extrait du cadastre de 1829, accompagné d’une photographie actuelle montrant la tour et la dépendance
Extrait du cadastre de 1829 montrant la tour d’entrée et la dépendance attenante

Déjà présente sur le cadastre de 1829, la dépendance s’appuie sur une tour beaucoup plus ancienne.

Des réparations qui ont laissé leur signature

La tour n’a pas traversé les siècles sans entretien. Certaines interventions ont même laissé une date, gravée dans la pierre.

Sur la corniche, l’étude relève l’inscription « 1894 », ainsi que le nom d’un couvreur associé à une autre intervention :

« Renoux – couvreur – 1906 ».

Ces marques rappellent les travaux réalisés sur la couverture à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Elles donnent aussi un nom à l’un des artisans qui ont contribué à la conservation du bâtiment.

Inscription « Renoux — couvreur — 1906 » sur la corniche de la tour
Une date et un nom de couvreur : la mémoire d’un chantier précédent, conservée sur la corniche.
Les inscriptions « 1894 » et « Renoux - couvreur -1906 », si elles sont encore lisibles et peuvent être photographiées depuis un emplacement accessible

Au XXᵉ siècle, une partie de la tour est reconstruite

Les photographies anciennes sont précieuses pour comprendre les transformations plus récentes.

L’étude rassemble notamment des vues de 1927 et de 1930, ainsi qu’une carte postale montrant la tour depuis la cour avant sa reconstruction partielle.

Le côté tourné vers la cour a été largement reconstruit, vraisemblablement vers 1930–1940. La porte, la fenêtre, leurs encadrements de briques et l’aspect des enduits témoignent de cette intervention.

La tour que nous voyons aujourd’hui conserve donc plusieurs périodes de son histoire. Certaines parties sont anciennes ; d’autres ont été réparées ou remplacées. Les images d’archives permettent de retrouver des dispositions disparues et de mesurer ces changements.

Sécuriser la tour et préparer sa restauration

Ces cinq siècles d’histoire donnent tout son sens au chantier qui se prépare.

Avant d’engager une restauration plus complète, les prochaines interventions viseront à sécuriser la tour et le bâtiment attenant. Nous vous présenterons leur état, les points qui nécessitent une intervention et les travaux réalisés au fur et à mesure de leur avancement.

Cette série sera aussi l’occasion de regarder le bâtiment autrement : de comprendre une reprise de maçonnerie, de reconnaître une ouverture ancienne ou de découvrir ce qu’une charpente peut nous apprendre.

La tour a déjà connu bien des transformations. Nous allons maintenant documenter un nouveau chapitre de son histoire, en conservant la mémoire de ce qui nous a été transmis.

Tour d’entrée et dépendance attenante avant les travaux de sécurisation
La tour et sa dépendance, avant les prochains travaux de sécurisation.

Dans le prochain épisode : défendre ou impressionner ?

Pourquoi une demeure comme la Chevallerie possédait-elle une tour et des meurtrières ? Que protégeaient-elles, et que donnaient-elles à voir aux visiteurs ?

Dans le prochain article, nous nous intéresserons au rôle de cette tour, entre protection de l’entrée et affirmation du statut de la demeure.


La tour d’entrée — carnet de restauration

  1. Cinq siècles d’histoire — vous êtes ici.
  2. Une tour pour défendre… ou pour impressionner ?
  3. Lire les murs : ce que l’architecture nous raconte.
  4. Avant les travaux : comprendre l’état de la tour.
  5. Sauver avant de restaurer : le chantier de mise en sécurité.
  6. Vers la restauration : préparer l’avenir de la tour.

[Ajouter les liens au fil des publications.]

Sources historiques : étude « Histoire de la Chevalerie », tome I, notamment les pages 275 à 291 consacrées à la tour et à la dépendance attenante. Les datations proposées par l’étude sont présentées comme telles.

Journées du patrimoine 2026 au Manoir de la Chevallerie

Les samedi 19 et dimanche 20 septembre, le Manoir de la Chevallerie a ouvert ses portes à l’occasion des Journées européennes du patrimoine. Deux journées pour découvrir les lieux, parcourir leur histoire et échanger sur les restaurations en cours.

Cette année, 48 visiteurs ont franchi le portail. Une fréquentation plus modeste que d’habitude, mais de belles rencontres et le plaisir de partager, avec plusieurs passionnés, les avancées de cette aventure au long cours.

Les Journées du patrimoine : l’occasion de découvrir la Chevallerie et de rencontrer ceux qui la font vivre.

Les Journées du patrimoine : l’occasion de découvrir la Chevallerie et de rencontrer ceux qui la font vivre.

La veille, préparer les lieux pour vous accueillir

Une ouverture au public commence bien avant l’arrivée des premiers visiteurs.

Dès le vendredi, nous avons installé les kakémonos et les supports visuels destinés à accompagner les visites. Ces éléments permettent de présenter l’histoire du manoir, d’illustrer ses transformations et de rendre plus lisibles les travaux réalisés.

Tout était prêt pour accueillir les visiteurs du lendemain !

Une fréquentation plus discrète cette année

Nous avons accueilli six personnes le samedi matin, puis dix-sept l’après-midi. Le dimanche, six visiteurs sont venus le matin et dix-neuf l’après-midi, portant le total du week-end à 48 personnes.

C’est deux à trois fois moins que lors de nos éditions habituelles. Le samedi, la tenue des comices agricoles offrait notamment un autre rendez-vous au public et a pu contribuer à cette moindre affluence.

Nous aurions bien sûr aimé faire découvrir la Chevallerie à davantage de visiteurs. Mais ces journées ont aussi été l’occasion de prendre le temps de répondre aux questions et de prolonger certaines conversations.

Un petit groupe pendant la visite, attentif à une explication ou réuni autour d’un support visuel et du propriétaire lors de sa visite commentée
Des visites en petits groupes, propices aux questions et aux échanges

.

Au cours du week-end, nous avons également accompagné quelques groupes pour des visites guidées des extérieurs du manoir.

Ces promenades commentées ont permis de présenter l’histoire des bâtiments, d’attirer l’attention sur certains détails d’architecture et d’évoquer les transformations du domaine au fil des siècles.

Pour nous, propriétaires, c’est aussi le plaisir de raconter les lieux que nous découvrons et restaurons au quotidien. Les questions des visiteurs nourrissent la conversation : on s’arrête devant une façade, on observe une ouverture, puis l’échange se poursuit autour d’un chantier.

Merci à celles et ceux qui ont poussé le portail

Merci aux 48 visiteurs venus découvrir le Manoir de la Chevallerie pendant ces deux journées, pour leur curiosité, leurs questions et leur intérêt pour sa préservation.

Ouvrir le manoir, c’est présenter son histoire, mais aussi raconter ce qui s’y passe aujourd’hui.

Au fil des visites, nous avons eu la chance de rencontrer plusieurs personnes passionnées avec lesquelles les échanges se sont prolongés autour des restaurations. Les photographies et les supports visuels permettent alors de mesurer le chemin parcouru : ce qui était dégradé, ce qui a été repris et ce qui reste encore à entreprendre.

Ces conversations sont précieuses. Elles nous donnent l’occasion d’expliquer les choix du chantier et de partager ce que les travaux nous apprennent sur le bâtiment.

La fréquentation varie d’une année à l’autre ; le plaisir de transmettre reste entier. Ces rencontres donnent tout leur sens aux ouvertures du manoir : permettre à chacun de découvrir ce patrimoine et de suivre, avec nous, sa restauration.

Nous continuerons à partager ici les prochaines étapes des travaux. À bientôt sur le blog et à la Chevallerie !

Une vue du portail ouvert ou de la cour à la fin du week-end
Après les visites, le chantier continue. Merci de suivre l’histoire de la Chevallerie avec nous.

Chambre du XVIème de l’aile Est – chantier 10 – Restauration de la cheminée.

Nous nous retrouvons à nouveau aujourd’hui dans la pièce du XVIᵉ siècle de l’aile Est du Manoir de la Chevallerie.
Depuis plus d’un an, nous y menons une série de restaurations successives, patiemment, ouverture après ouverture, pierre après pierre.

Un chantier au long cours

Liens vers les différents articles de la série :

  1. Etat des lieux.
  2. Déplacement de la chaudière
  3. Ouverture de la porte Sud
  4. Préparation du sol
  5. Restauration de la porte Est
  6. Pose des pavés sur le sol
  7. restauration de la porte Sud
  8. Restauration de l’ouverture Nord
  9. Restauration de l’ouverture Sud
  10. cet article – Restauration de la cheminée
  11. Restauration des murs et plafonds
  12. détails sur l’occulus et les faux appareillages
  13. Fin – restitution des travaux

La cheminée du XVIᵉ siècle

Après avoir évoqué les ouvertures et le sol, vient le moment de nous intéresser à l’un des éléments majeurs de cette pièce : la cheminée.
Véritable témoin du XVIème siècle, elle conserve les marques du style et de la technique de son époque.

Pour rappel : voir l’article précédent sur la restauration des ouvertures ou l’état des lieux

Une cheminée d’époque Renaissance

Datant manifestement du milieu du XVIᵉ siècle, la cheminée arbore sur sa hotte le blason des Tiercelin, famille seigneuriale qui quitta la Chevallerie vers 1575

Les cheminées de cette période reprennent encore certains traits du XVe siècle :

  • un foyer haut,
  • des jambages en colonnette,
  • des corbeaux en pan coupé ou en console moulurée,
  • un linteau chanfreiné ou mouluré,
  • et, innovation du XVIᵉ, une barre de fer placée derrière le linteau pour soutenir la hotte.

un peu de vocabulaire pour suivre le reste de l’article

Image explicative des éléments d’architecture d’une cheminée du XVIᵉ siècle, avec légendes

Le décor sculpté

Sur la hotte, un cartouche ornementé de rinceaux de rubans et de feuilles d’acanthe entoure le blason des Tiercelin surmonté de sa couronne.
Bien que buriné à la Révolution, sans doute à l’époque de la Terreur, le motif reste lisible et d’une grande finesse.

Image du cartouche sculpté

Description architecturale

Toute la cheminée est composée de tuffeau.
Les jambages sont des colonnettes engagées, posées sur des bases moulurées en boudin.
Les corbeaux adoptent une forme de console moulurée, comparable à celle de la “chambre à la colonne”.
Le linteau, décoré d’une arête quarrée, soutient une hotte peinte de faux joints, qui recouvrent parfois les véritables joints de maçonnerie.
Enfin, la corniche supérieure présente un profil directement inspiré du classicisme antique.

État des lieux à notre arrivée

Lorsque nous avons découvert la pièce, elle servait depuis longtemps de local à chaudière et d’espace de stockage.

Image de la cheminée à notre arrivée

Image de la cheminée au tout début des travaux

Même vue après restauration du sol

Les corbeaux et le linteau se sont révélés en bon état, mais le jambage droit et sa base étaient très détériorés, de même que le contre-cœur du foyer.

Diagnostic et intervention

Un diagnostic précis a été réalisé par le tailleur de pierre Alain Roguet (Pervenchères).
Son objectif : conserver le maximum de pierre saine tout en consolidant les zones fragilisées.
Un peu comme chez le dentiste, il s’agissait de greffer plutôt que remplacer.

diagnostic du tailleur de pierre

Il a été décidé de :

  • remplacer entièrement la base droite,
  • greffer une nouvelle pierre sur la partie haute du jambage,
  • et reconstituer le contre-cœur pour redonner cohésion à l’ensemble.
zones en cours de remplacement – base droite et bas du jambage

Les étapes de la restauration

Remplacement de la base

Reprise du bas du jambage

Greffe de pierre

Une fois ces opérations terminées, une remaçonnerie du contre-cœur a permis de redonner toute sa stabilité et son allure à l’ensemble

Avant / Après

Le résultat parle de lui-même :
une cheminée raffermie, équilibrée et lisible, retrouvant la noblesse de ses proportions d’origine.

Remerciements

Alain Roguet, tailleur de pierre à Pervenchères, pour son savoir-faire et la délicatesse de son intervention

remerciements à Samuel Gatouillat, sur ce chantier (et sur bien d’autres ! )

les mains sachantes

Et la suite ?

La restauration des ouvertures Sud et Nord est arrivée à son terme (sauf pour les fenêtres définitives)
Prochaine étape : la restitution complète de la pièce, murs et plafonds compris, pour redonner à cet espace son atmosphère du XVIᵉ siècle.

Chambre du XVIème de l’aile Est – chantier 09 – Restauration de l’ouverture Sud.

Restauration de l’ouverture Sud— retrouver la lumière d’origine

Nous nous retrouvons à nouveau aujourd’hui dans la pièce du XVIᵉ siècle de l’aile Est du Manoir de la Chevallerie.
Depuis plus d’un an, nous y menons une série de restaurations successives, patiemment, ouverture après ouverture, pierre après pierre.

Un chantier au long cours

Liens vers les différents articles de la série :

  1. Etat des lieux.
  2. Déplacement de la chaudière
  3. Ouverture de la porte Sud
  4. Préparation du sol
  5. Restauration de la porte Est
  6. Pose des pavés sur le sol
  7. restauration de la porte Sud
  8. Restauration de l’ouverture Nord
  9. cet article – Restauration de l’ouverture Sud
  10. Restauration de la cheminée
  11. Restauration des murs et plafonds
  12. détails sur l’occulus et les faux appareillages
  13. Fin – restitution des travaux

Redonner à la fenêtre Sud son aspect d’origine et son rôle de lumière

Contrairement à l’ouverture Nord, celle du Sud n’avait pas été murée… mais elle n’était plus vraiment une ouverture “vivante”.

Pendant des décennies, cette partie de la pièce — transformée en débarras et en local technique pour la chaudière — avait été laissée en l’état

L’allège d’origine avait disparu, remplacée par des maçonneries de fortune, et la lumière du Sud n’entrait plus dans la pièce. On peut se rappeler de l’état de la pièce dans ce précédent article


Notre objectif : redonner à cette ouverture son usage d’origine, celui d’une fenêtre baignée de lumière, comme au temps de la construction de cette partie du manoir au XVIᵉ siècle.

L’état initial

vues de l’extérieur avant les travaux :

Vues de l’intérieur avant les travaux

Fabrication et pose de l’allège

Le chantier a avancé par étapes, dans le respect des matériaux d’origine.

Le chantier a avancé par étapes, dans le respect des matériaux d’origine.
Sur cette ouverture, les piédroits étaient encore sains — un petit miracle !
La seule pièce manquante : l’allège. Mais la maçonnerie située en dessous devait, elle, être entièrement refaite.

Étape 1 : dépose du mur sous l’allège

Étape 2 : reprise de la maçonnerie

afin de pouvoir placer l’allège il faut tout remaçonner

Étape 3 : taille de la nouvelle allège

Une nouvelle pierre a été façonnée sur mesure par Alain Roguet, tailleur de pierre à Pervenchères, à partir d’un gabarit reproduisant un modèle probable de l’époque d’origine

Photo du gabarit

la taille

Étape 4 : pose de l’allège

Sa mise en place a demandé force, précision et… un peu d’ingéniosité !
Grâce à l’aide précieuse de notre voisin Philippe Daguenet, et à son tracteur salvateur, la lourde pierre a pu être positionnée parfaitement.

Mission réussi grâce à la participation de notre voisin Philippe Daguenet

Une fois posée, la transformation saute aux yeux : la façade retrouve son équilibre, et la pièce sa lumière.

Avant / Après

Le contraste est saisissant : d’un simple trou négligé, nous retrouvons une fenêtre élégante et fonctionnelle, fidèle à l’esprit d’origine du manoir.

Avant/Après – vue extérieure d’ensemble

Avant/Après – vue extérieure zoom sur la fenêtre

Avant/Après – vue intérieure

Et la suite ?

Il reste encore à poser le châssis définitif, actuellement en fabrication.
En attendant, un châssis provisoire “fait maison”, équipé d’un plexiglas, nous permet déjà de profiter d’une belle lumière et d’un confort inattendu.

Prochainement sur le blog : la restauration de la cheminée, dernier grand chantier de cette pièce.

Merci à Alain Roguet, tailleur de pierre à Pervenchères

remerciements à Samuel Gatouillat, sur ce chantier (et sur bien d’autres ! )

les mains sachantes

Restauration de l’ouverture Nord – chantier 08 – chambre du XVIème de l’aile Est.

Restauration de l’ouverture Nord — retrouver la lumière d’origine

Nous nous retrouvons à nouveau aujourd’hui dans la pièce du XVIᵉ siècle de l’aile Est du Manoir de la Chevallerie.
Depuis plus d’un an, nous y menons une série de restaurations successives, patiemment, ouverture après ouverture, pierre après pierre.

Un chantier au long cours

Liens vers les différents articles de la série :

  1. Etat des lieux.
  2. Déplacement de la chaudière
  3. Ouverture de la porte Sud
  4. Préparation du sol
  5. Restauration de la porte Est
  6. Pose des pavés sur le sol
  7. restauration de la porte Sud
  8. cet article – Restauration de l’ouverture Nord
  9. Restauration de l’ouverture Sud
  10. Restauration de la cheminée
  11. Restauration des murs et plafonds
  12. détails sur l’occulus et les faux appareillages
  13. Fin – restitution des travaux

Redonner à la fenêtre Nord son aspect d’origine

L’ouverture Nord, que nous présentons aujourd’hui, a connu plusieurs vies.
À l’origine, il s’agissait d’une fenêtre, mais au XIXᵉ siècle, elle fut transformée en porte pour faciliter les accès.
Notre objectif : lui rendre son usage d’origine, celui d’une fenêtre laissant entrer la lumière du Nord dans la pièce.

Pour un éventuel rappel de l’état intial:

La restauration de l’ouverture Nord

Pendant des années, cette ouverture est restée dans un état précaire :
une simple porte de fortune en planches, posée pour protéger l’intérieur.
Elle attendait patiemment sa renaissance…

un état qui laissait pensif….

Reprise des piédroits et maçonneries

Le chantier a avancé par étapes, dans le respect des matériaux d’origine.

Dépose des piédroits.

Les pierres de tuffeau d’origine ont été déposées avec soin, numérotées, nettoyées et préparées pour être remontées plus tard à leur place exacte.

Dépose des briques ajoutées

Les briques qui prolongeaient les jambages vers le bas ont été retirées.
Elles dataient de la transformation en porte, probablement vers la fin du XIXᵉ siècle

Pose des nouveaux blocs de pierre

Des blocs de tuffeau taillés sur mesure par Alain Roguet, tailleur de pierre à Pervenchères, ont pris place dans le mur.
Cette intervention redonne à la façade une lecture architecturale cohérente.

Restauration du soubassement et pose des appuis

Une fois les piédroits consolidés, le mur de soubassement a été repris et les appuis de fenêtre intérieurs et extérieurs ont été posés.

Pose de l’appuie de fenêtre intérieur et extérieur

Avant Après.

La transformation est spectaculaire !
D’une ouverture bricolée et sombre, nous retrouvons une fenêtre élégante et lumineuse, telle qu’elle devait l’être à la Renaissance.

avant-après – vue extérieure – vue d’ensemble

avant-après – vue de l’extérieur – zoom fenêtre
avant-après – vue de l’intérieur

Et la suite ?

Il reste encore à poser le châssis définitif, actuellement en fabrication.
En attendant, un châssis provisoire “fait maison” et un simple plexiglas nous offrent déjà une belle vue et un confort inattendu.

Prochainement : la restauration de l’ouverture Sud, à suivre sur le blog.

Merci à Alain Roguet, tailleur de pierre à Pervenchères

remerciements à Samuel Gatouillat, sur ce chantier (et sur bien d’autres ! )

les mains sachantes

prochainement les travaux sur la fenêtre Sud.

Journées du Patrimoine 2025 : bilan au Manoir de la Chevallerie

Les Journées du Patrimoine 2025 au Manoir de la Chevallerie ont permis d’accueillir de nombreux visiteurs venus découvrir le site et ses chantiers de restauration. Cet événement a constitué un moment important d’ouverture au public, offrant l’occasion de partager l’histoire du manoir, de présenter les travaux en cours et d’échanger autour des enjeux de conservation du bâti ancien. Cette page propose un bilan de cette édition.

Voici le bilan de ces trois jours.

Quelques visiteurs libres sont venus nous rendre visite dès le vendredi 19.

Le samedi 20, il a fallut braver la pluie pour venir nous voir. Seuls une vingtaine de courageux ont bravé les éléments. Ils ont résisté à la tentation d’aller à un comice agricole organisé dans un des villages environnants.

Le dimanche 21 le beau temps aidant une centaine de personne est venu nous rendre visite.

Dont des « amis des rues basses » membres de la Fédération Française des Véhicules d’Époque

Cette journée a aussi été pour nous l’occasion de mettre en place une nouvelle signature. Nous avons utilisé des affichettes A3 pour les points d’intérêts. Mais aussi des kakemono pour faciliter la compréhension des travaux avec des aperçus des phases avant et après chantier.

Journées du Patrimoine 2025 au Manoir de la Chevallerie

À l’occasion des Journées du Patrimoine 2025, le Manoir de la Chevallerie ouvre ses portes au public pour faire découvrir son histoire et ses chantiers de restauration. Cette visite permet d’explorer un monument en cours de restauration, d’observer les travaux réalisés et de comprendre les enjeux de conservation du bâti ancien

Comme tous les ans, le manoir de La Chevallerie est ouvert aux journées du patrimoine.

Deux modes de visites vous sont proposées les 20 et 21 septembre 2025 :

Visites libres

Pendant la durée du week end aux horaires indiqués sur le site officiel des journées du patrimoine du pays de la Loire

Visites guidées

Jean-François et Marie-Françoise LECOMTE feront des visites commentées à heures fixes.

Le discours s’adapte aux questions posées.

Vous pouvez retrouver les horaires des débuts de visite sur le site officiel des journées du patrimoine du pays de la Loire.

Chambre du XVIème de l’aile Est – chantier 07 – Restauration de la porte Sud.

Nous nous retrouvons aujourd’hui dans la pièce XVIème de l’aile Est.

Nous avons commencé une série de travaux au long court depuis un peu plus d’un an.

  1. Etat des lieux.
  2. Déplacement de la chaudière
  3. Ouverture de la porte Sud
  4. Préparation du sol
  5. Restauration de la porte Est
  6. Pose des pavés sur le sol
  7. cet article – restauration de la porte Sud
  8. Restauration de l’ouverture Nord
  9. Restauration de l’ouverture Sud
  10. Restauration de la cheminée
  11. Restauration des murs et plafonds
  12. détails sur l’occulus et les faux appareillages
  13. Fin – restitution des travaux

Aujourd’hui nous allons nous occuper de remettre une porte sur l’ouverture Sud.

Pour rappel on se souviendra dans l’article ci dessous de l’épisode ou la porte avait été réouverte :

une planche en contreplaqué avait été fixée en attendant ce jour

Voici maintenant le temps de mettre une vraie porte

La restauration de la porte Sud

Tout le travail de menuiserie a été fait maison, un travail qui occupe les journées d’hivers

Pour l’assemblage nous avons sollicité de l’aide, le poids de l’ensemble est très conséquent.

Les clous ont été achetés dans une ferronnerie, faits main et sur mesure.

Traverser plusieurs épaisseurs de planche de chêne n’est pas sans demander un peu de préparation.

Voici un casse tête résolu

55 clous plus tard il faut mettre la porte en place. Environ 120 Kg à déplacer et à ajuster des plus précisément.

avant après.

Un emmarchement est à prévoir pour accéder à la porte. Mais avant cela on parlera plutôt de la suite des travaux sur les fenêtres Sud et Nord.

Merci à Frédéric Lechâble et

remerciements à Samuel Gatouillat, sur ce chantier (et sur bien d’autres ! )

les mains sachantes

Le portail d’entrée du manoir : état des lieux d’un élément architectural ancien

Lors de l’acquisition du Manoir de la Chevallerie, le portail d’entrée constituait un élément structurant de l’accès au site et un marqueur fort de son identité architecturale. À la fois fonctionnel et symbolique, il présentait un état révélateur des transformations et dégradations subies au fil du temps. Cet article propose un état des lieux détaillé de ce portail ancien avant toute intervention de restauration.

Il avait déjà été mentionné dans un précédent articles contenants quelques photos historiques :

Les images les plus anciennes du portail de la Chevalerie ne remontent pas au-delà du début du XXe siècle. Comme on peut le voir dans cet article, le plan cadastral de 1829 prouve qu’il n’a pas été modifié dans son emplacement depuis le début du XIXe siècle.

Etat des lieux à l’acquisition

Face au court chemin d’accès au manoir se dresse un mur de clôture qui mesure aujourd’hui près de 3 mètres de long au sud (à gauche) de l’arcade, et près de 5 m au nord (à droite). L’ouverture mesurant quant à elle près de 3 mètres.
Ainsi cet écran mural mesure en totalité une bonne dizaine de mètre de long.

la végétation en 2011 était alors bien présente avec un noyer poussé ras du mur côté intérieur.

Les dessus de mur montrent des détériorations bien amorcées notamment sur la partie la plus au Sud

Sur une période de deux trois ans, la détérioration s’est accrue, nécessitant de protéger les murs avant d’amorcer des chantiers de stabilisation.

Nous vous présenteront ces travaux de stabilisations dans un article ultérieur.

Toiture au dessus du porche

La toiture actuelle n’est pas d’époque, on ne peut pas exclure un type de couronnement plus ornemental, mais quelque chose de discret pour ne pas se montrer disproportionné par rapport au statut féodal de la Chevalerie.

Quant à l’éventualité d’un chemin de ronde, c’est une chose qui ne paraît guère crédible. Tout d’abord pour la raison que la Chevallerie n’a aucun droit de fortification. Et aussi parce qu’aucune disposition à droite ou à gauche du mur ne peut s’accorder avec une telle hypothèse : il n’existe pas d’escalier dans la cour pour monter en haut du mur, il n’y a pas de trace d’ouvrage militaire comme créneaux ou mâchicoulis.

Vestiges d’une porte piétonne disparue

Si l’on repasse du côté extérieur de l’enceinte, on remarque à proximité de l’extrémité sud-ouest du mur (entre la grande arcade et l’angle de la dépendance), les vestiges du jambage d’une ouverture disparue.

Côté extérieur de l’enceinte : traces d’une porte piétonne.

A gauche : le pignon de la dépendance. On voit que le mur écran est construit contre ce pignon, ce qui prouve qu’il lui est postérieur. A droite : les piédroits de la grande arcade. Au milieu : trois piédroits en grès roussard et un de calcaire qui correspondent à la porte piétonne disparue.

Du côté intérieur de l’enceinte, on trouve des vestiges un peu plus importants de cette porte disparue. Tous les piédroits du bas ont disparu mais le bouchement de la baie laisse apparaître une ligne de rupture verticale alignée sur les piédroits du haut : un en roussard et deux en calcaire.

Côté intérieur de l’enceinte : traces d’une porte piétonne. A gauche : l’ébrasement de la grande
arcade. A droite piédroits de roussard et de calcaire de l’ébrasement de la porte piétonne.

Les piédroits montent fort haut (jusqu’à 2,40 m) mais cela n’exclut pas nécessairement qu’il se soit agit d’une porte piétonnière. En effet, l’ébrasement peut être plus haut que l’arc qui couvre la porte.

Il n’est pas possible que cette porte piétonne disparue ait coexisté avec le portail actuel puisque l’un des piédroits de l’ouverture actuelle – une très longue assise de roussard – traverse toute la maçonnerie de bouchement de l’ouverture primitive.
En résumé, ces vestiges prouvent que le premier portail était moins large que l’actuel et qu’une porte piétonne l’accostait sur son côté sud. Cet aménagement remontait au XVe siècle, comme en témoigne la pierre de remploi avec sa mouluration caractéristique de cette époque.

Prochains articles sur concernant le portail:

deux articles porteront sur des travaux réalisés

  • Sur le restauration des dessus de mur
  • sur le stabilisation de la toiture

à bientôt.

Mini chantiers de restauration du manoir pendant l’hiver 2024

Durant l’hiver 2024, plusieurs mini chantiers ont été réalisés au Manoir de la Chevallerie afin d’entretenir le site et de préparer les interventions futures. Ces travaux ponctuels, menés en parallèle des chantiers principaux, permettent d’améliorer progressivement l’état du bâti et de mieux comprendre les contraintes du monument. Cet article revient sur ces différentes actions menées durant la période hivernale.

Dans la continuité des précédents petits travaux de septembre 2023 dernier, rappel :

Voici quelques petits chantiers au grés des mains disponibles durant le premier trimestre 2024

Dégagement des accès autour de la porte

Dégagement des accès au mur intérieur du pignon ouest du bâtiment sud.

Le piochage du ciment se poursuit. Après avoir enlevé tout le matériel qui était entreposé devant le mur et sur la dalle en béton

On pioche précautionneusement au pied du mur une dalle de béton, ancien sol pour les bovins.

Diagnostique sur les murs pignons du logis

Il y a quelques points d’inquiétudes et il faudra faire quelques travaux de maçonnerie.

Suite des travaux autour du puits

Comme nous l’avions vu, le puits était en train de s’écrouler.

le maximum de pierre a été épargné et le reste est stocké pour réemploi.

Travaux en forêt.

Les pluies ont charrié de gros volume de branches et des arbres se sont couchés sur l’un des rus.

Un peu de nettoyage est nécessaire. Waders et tronçonneuse avec de l’huile de chaine bio pour cet écosystème.