La tour d’entrée du Manoir de la Chevallerie – cinq siècles d’histoire

La tour d’entrée, carnet de restauration, épisode 1

Lorsque l’on arrive à Sainte-Cérotte, dans la Sarthe, la tour d’entrée du Manoir de la Chevallerie se découvre juste à côté du portail. Sa silhouette ronde et sa haute toiture accompagnent les premiers pas du visiteur. On la remarque, on la photographie… puis on franchit l’entrée pour découvrir la cour et le logis.

Avant de commencer les prochains travaux de sécurisation, nous vous proposons de nous arrêter devant cette tour. De regarder ses fenêtres, ses pierres, ses murs. Et de pousser sa porte.

Car derrière cette silhouette familière se cache une histoire de près de cinq siècles, faite de constructions, de transformations et de réparations. Une histoire dont certains chapitres se lisent encore directement sur le bâtiment.

Tour d’entrée et portail du Manoir de la Chevallerie à Sainte-Cérotte
La tour et le portail : une silhouette qui accompagne l’arrivée à la Chevallerie depuis plusieurs siècles.

La tour d’entrée : une construction probable au début du XVIᵉ siècle

À quelle date la tour a-t-elle été bâtie ? Nous aimerions pouvoir répondre par une année précise. Mais aucun document d’archives identifié dans l’étude historique ne permet de dater sa construction avec certitude.

Il faut donc interroger le bâtiment lui-même.

Les encadrements anciens de ses fenêtres, leurs moulures et la manière dont les maçonneries ont été assemblées fournissent plusieurs indices. L’étude historique propose ainsi une construction probablement au début du XVIᵉ siècle, à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance.

Cette datation reste une hypothèse argumentée. Elle donne néanmoins toute sa profondeur à cette petite tour : lorsque nous la regardons aujourd’hui, nous contemplons un bâtiment qui pourrait avoir traversé quelque cinq cents ans d’histoire.

Fenêtre ancienne de la tour, avec encadrement en grès roussard et appui mouluré
La fenêtre ancienne située du côté extérieur, au sud de la tour.
L’encadrement de cette fenêtre conserve des formes caractéristiques de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance

Sous le linteau, on aperçoit le trou pour un barreau de fer. il existe de la même façon sur le rebord mouluré. Le chanfrein appliqué sur le cadre en roussard, avec congé en bas des piédroits et la mouluration du rebord, sont caractéristiques de la fin du XVe siècle et du début du XVIe

La tour et le mur du portail : une histoire commune

La tour n’a pas été simplement ajoutée contre un mur déjà existant. À leur jonction, les maçonneries sont étroitement liées : c’est un indice important, qui conduit l’étude à considérer que la tour et le mur du portail ont été construits lors d’une même campagne de travaux.

Il faut toutefois distinguer le mur de l’entrée et le portail lui-même, dont l’histoire comporte ses propres transformations.

À l’origine, l’organisation de la cour était également différente. L’étude restitue un ancien mur d’enceinte reliant la tour au corps de logis, selon un tracé qui ne correspond plus à la clôture actuelle. La construction de l’aile Est est venue modifier cette disposition.

La disposition actuelle ne raconte qu’une partie de l’histoire : un ancien mur reliait vraisemblablement la tour au logis selon un autre tracé.

Protéger l’entrée… et marquer le seuil

La position de la tour, au voisinage immédiat du portail, n’est pas anodine. Ses petites ouvertures de tir témoignent d’une organisation destinée à surveiller et à protéger les abords de l’enceinte.

L’une de ces meurtrières se trouve aujourd’hui du côté de la cour. Cette situation peut surprendre : une ouverture destinée à couvrir les abords d’un mur devait regarder vers l’extérieur. Elle constitue justement l’un des indices utilisés pour reconstituer l’ancienne disposition de l’enceinte.

Mais la tour avait aussi une présence visuelle. Avec le mur du portail, elle marquait l’entrée de la propriété et participait à l’image de la demeure seigneuriale.

Quelle était la part de protection, et quelle était celle de représentation ? Nous reviendrons sur cette question dans le prochain article. Pour l’heure, retenons que ces petites ouvertures racontent une organisation ancienne que les transformations du manoir ont rendue moins évidente.

À l’intérieur, les traces d’une vie quotidienne

Vue de l’extérieur, la tour évoque d’abord l’enceinte et l’entrée du manoir. Son intérieur raconte une histoire plus quotidienne.

Au premier étage, une cheminée et des enduits blanchis à la chaux témoignent d’une pièce aménagée pour être occupée. Sa fonction précise et la succession de ses occupants ne sont pas entièrement connues.

Les murs conservent pourtant des traces très personnelles de ceux qui l’ont fréquentée. L’étude relève des noms, des phrases et plusieurs dates du XIXᵉ siècle, notamment 1842, 1861 et 1869, attribués à des fermiers.

Ces inscriptions donnent soudain une autre dimension au bâtiment. L’histoire de la Chevallerie se lit dans ses grandes transformations architecturales, mais aussi dans quelques mots laissés sur un mur.

Le rez-de-chaussée a connu des usages plus utilitaires. L’étude suggère qu’il a longtemps servi d’abri à porcs, sans permettre de fixer précisément le début de cet usage.

Au fil des siècles, le domaine a donc adapté ses bâtiments à ses besoins. Une même tour pouvait conserver les marques de son rôle dans l’enceinte tout en accueillant des activités liées à la vie agricole.

Au XIXᵉ siècle, une dépendance vient s’appuyer sur la tour

La petite dépendance attenante appartient à une autre période de construction. Ses caractéristiques évoquent le XIXᵉ siècle, et elle figure déjà sur le cadastre de 1829. L’étude y reconnaît vraisemblablement une ancienne étable.

Un détail permet de comprendre cette succession : à l’intérieur de la dépendance, on retrouve l’arrondi de la tour. Le bâtiment plus récent est venu s’appuyer contre elle.

Cette rencontre entre deux constructions d’époques différentes est toujours visible. Elle est aussi au cœur des prochains travaux, qui concerneront la tour et le bâtiment attenant.

Un extrait du cadastre de 1829, accompagné d’une photographie actuelle montrant la tour et la dépendance
Extrait du cadastre de 1829 montrant la tour d’entrée et la dépendance attenante

Déjà présente sur le cadastre de 1829, la dépendance s’appuie sur une tour beaucoup plus ancienne.

Des réparations qui ont laissé leur signature

La tour n’a pas traversé les siècles sans entretien. Certaines interventions ont même laissé une date, gravée dans la pierre.

Sur la corniche, l’étude relève l’inscription « 1894 », ainsi que le nom d’un couvreur associé à une autre intervention :

« Renoux – couvreur – 1906 ».

Ces marques rappellent les travaux réalisés sur la couverture à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. Elles donnent aussi un nom à l’un des artisans qui ont contribué à la conservation du bâtiment.

Inscription « Renoux — couvreur — 1906 » sur la corniche de la tour
Une date et un nom de couvreur : la mémoire d’un chantier précédent, conservée sur la corniche.
Les inscriptions « 1894 » et « Renoux - couvreur -1906 », si elles sont encore lisibles et peuvent être photographiées depuis un emplacement accessible

Au XXᵉ siècle, une partie de la tour est reconstruite

Les photographies anciennes sont précieuses pour comprendre les transformations plus récentes.

L’étude rassemble notamment des vues de 1927 et de 1930, ainsi qu’une carte postale montrant la tour depuis la cour avant sa reconstruction partielle.

Le côté tourné vers la cour a été largement reconstruit, vraisemblablement vers 1930–1940. La porte, la fenêtre, leurs encadrements de briques et l’aspect des enduits témoignent de cette intervention.

La tour que nous voyons aujourd’hui conserve donc plusieurs périodes de son histoire. Certaines parties sont anciennes ; d’autres ont été réparées ou remplacées. Les images d’archives permettent de retrouver des dispositions disparues et de mesurer ces changements.

Sécuriser la tour et préparer sa restauration

Ces cinq siècles d’histoire donnent tout son sens au chantier qui se prépare.

Avant d’engager une restauration plus complète, les prochaines interventions viseront à sécuriser la tour et le bâtiment attenant. Nous vous présenterons leur état, les points qui nécessitent une intervention et les travaux réalisés au fur et à mesure de leur avancement.

Cette série sera aussi l’occasion de regarder le bâtiment autrement : de comprendre une reprise de maçonnerie, de reconnaître une ouverture ancienne ou de découvrir ce qu’une charpente peut nous apprendre.

La tour a déjà connu bien des transformations. Nous allons maintenant documenter un nouveau chapitre de son histoire, en conservant la mémoire de ce qui nous a été transmis.

Tour d’entrée et dépendance attenante avant les travaux de sécurisation
La tour et sa dépendance, avant les prochains travaux de sécurisation.

Dans le prochain épisode : défendre ou impressionner ?

Pourquoi une demeure comme la Chevallerie possédait-elle une tour et des meurtrières ? Que protégeaient-elles, et que donnaient-elles à voir aux visiteurs ?

Dans le prochain article, nous nous intéresserons au rôle de cette tour, entre protection de l’entrée et affirmation du statut de la demeure.


La tour d’entrée — carnet de restauration

  1. Cinq siècles d’histoire — vous êtes ici.
  2. Une tour pour défendre… ou pour impressionner ?
  3. Lire les murs : ce que l’architecture nous raconte.
  4. Avant les travaux : comprendre l’état de la tour.
  5. Sauver avant de restaurer : le chantier de mise en sécurité.
  6. Vers la restauration : préparer l’avenir de la tour.

[Ajouter les liens au fil des publications.]

Sources historiques : étude « Histoire de la Chevalerie », tome I, notamment les pages 275 à 291 consacrées à la tour et à la dépendance attenante. Les datations proposées par l’étude sont présentées comme telles.

Tour du portails d’entrée – Etat des lieux à l’acquisition

Le portail d’entrée et le mur écran dans lequel s’ouvre le portail est contemporain de la tourelle qui le ponctue au nord.
Celle-ci est conservée mais on y voit de nombreuses modifications, parfois de détail, parfois importantes.

Voici un état des lieux à l’acquisition.

  1. Visite extérieure de la tour
    1. Côté sud de la tour
      1. Quelques photos historiques
        1. 1927
        2. 1930
        3. 1973
        4. 2012
        5. 2023
      2. Description :
    2. Côté Est de la tour
    3. Côté nord de la tour
    4. Côté nord-ouest de la tour
    5. Côté ouest de la tour aujourd’hui
    6. Côté ouest de la tour à l’origine
  2. Parties intérieures
    1. Le rez-de-chaussée de la tour
    2. Le premier étage de la tour
    3. Le comble de la tour

Visite extérieure de la tour

La tour est construite en moellons, mortier et enduits à chaux et sable, avec des ouvertures encadrée de pierre de taille et une corniche de même. La pierre de taille employée varie selon les niveaux : roussard pour les baies d’origine, tuffeau pour un jour percé plus tard et pour la corniche d’origine.
On remarque en outre des restes de bandeau au lait de chaux au-dessous de la corniche. La corniche ne subsiste qu’à l’état fragmentaire.
Les portions subsistantes n’ont plus leur mouluration d’origine. Il ne reste que le cavet du bas. La partie supérieure a été buchée à la fin du XIXe siècle : il pouvait s’agir un quart de rond ce qui au total aurait dessiné une doucine.
Plusieurs morceaux de corniche ont disparu, et un pan entier du mur de la tourelle a été reconstruit côté ouest vers 1930 ou 1940, ce qui va être à présent détaillé.

Côté sud de la tour

Quelques photos historiques

1927

1930

1973

AP12R065073 ; AP12R065074; AP12R065075; AP12R065048;

Les photos ci dessus sont issues de la base Photographies (Mémoire). Crédit photographique

© Ministère de la Culture (France), Médiathèque du patrimoine et de la photographie, tous droits réservés

Photographie fournie par l’Inventaire des Pays de la Loire.

2011

2012

2023

Photographie de @chris et nico
Instagram : chrisetnico.photos

Description :

Le côté sud de la tour se trouve à l’extérieur du mur d’enceinte. On y trouve en bas une meurtrière utile pour un tir de flanquement. L’ouverture est bouchée mais elle semble mesurer 10 cm de large et 52 cm de haut.
Tout autour, le cadre est en grès roussard. Cette ouverture paraît tout à fait d’origine et sans autre modification que son bouchement.

Un peu plus haut, on voit un petit jour mesurant 31 cm de large et 41 de haut tout encadré de tuffeau. Tout autour, l’enduit a été refait lors de la création de ce jour et paraît bien différent de l’enduit précédent (sans doute celui d’origine) qui subsiste tout autour. Cette ouverture est difficilement datable : XVIIIe ? Il semble qu’au XIXe siècle (même au début) ce soit plutôt la grosse brique vernissée qui ait été mise en œuvre à la Chevalerie pour encadrer les jours : on en voit de nombreux ainsi construit sur les dépendances agricoles.
Plus haut encore se trouve la fenêtre destinée à éclairer le premier étage de la tour. Obturée de maçonnerie, elle paraît mesurer 57 cm de large et 113 de haut. Son cadre est en grès roussard, décoré seulement d’un chanfrein se terminant sur un congé, et d’un rebord mouluré. On y voit encore un trou pour un barreau de fer sous le linteau et un autre au dessous, sur le rebord.

Tout en haut du mur, sur la corniche en tuffeau est inscrite la date de réfection de la toiture :

Renoux 1906
Couvreur
1906

Détail de la corniche, côté sud de la tour

Côté Est de la tour

Du côté Est, l’élévation conserve un enduit ancien, qui paraît d’origine. Il n’y pas d’ouvertures de ce côté. Si, sous la toiture, une partie de la corniche maque, c’est parce qu’il y avait là le passage d’un ancien tuyau de cheminée à présent disparu. Sur la corniche on voit une inscription : «1894», qui doit correspondre à une autre reprise de la toiture.

Détail de la corniche, côté Est de la tour

Côté nord de la tour

Il n’y a pas davantage d’ouvertures du côté nord de la tour, c’est à dire du côté de la parcelle de terre dénommée le verger. Par contre, comme du côté Est, l’enduit qui est conservé paraît bien d’origine. Cela n’est d’ailleurs pas surprenant puisque ce sont les côtés les moins exposés aux intempéries et à l’ensoleillement, donc aux variations de température.

Au haut de l’élévation un distingue encore très clairement les restes d’un bandeau blanchi à la chaux sur l’enduit sous la corniche. Il est manifeste que le bandeau se poursuivait à l’origine tout autour de la tour

Les restes du bandeau réalisé au lait de chaux sur l’enduit d’origine, sous la corniche, côté Est de la tour.

Plus bas, au dessus du mur d’enceinte (c’est-à-dire de la dépendance) on voit une différence dans l’enduit qui se manifeste par une réfection d’enduit plus claire, presque blanc, avec un moellon qui dépasse de la surface de l’enduit. Ce sont les signes manifestes d’un rebouchage ancien, mais de quoi ? S’agit-il de la démolition d’un mur qui venait s’appliquer contre la tour à cet endroit, autrement dit la preuve que le mur d’enceinte primitif était beaucoup plus haut qu’actuellement ? Si l’on en croit ces traces d’enduit, il aurait mesuré plus de 3 m de haut. Il peut y avoir une autre explication comme le bouchage d’un trou qui se serait formé par usure, hypothèse qui mérite d’être évoquée car au droit de ce rebouchage, il existe une fissure traversante, montant jusqu’à l’arase du mur et qui a été rebouchée vers 1930 lors des travaux de reconstruction de l’élévation du côté ouest (même enduit de couleur ocre jaune).

Est-ce d’un ancien mur d’enceinte ayant précédé la dépendance actuelle (à droite) ? Ou plutôt d’une fissure, celle-là même qui se prolonge jusqu’à l’arase du mur et qui a été bouchée vers 1930/40 (enduit ocre jaune et corniche manquante bouchée avec des briques). On voit aussi que l’arrondi de la tour se poursuit vers l’ouest et que le mur de la dépendance s’appuie sur la tour, preuve qu’il est plus récent.
Une partie de l’élévation nord de la tour est cachée par la maçonnerie début XIXe de la dépendance. Si l’on rentre dans la dépendance, on retrouve d’ailleurs l’arrondi de la tour. Cette vue aérienne permet de l’apprécier.

Côté nord-ouest de la tour

Le côté nord ouest de la tour est visible depuis la cour intérieure. On y voit au rez-de-chaussée une meurtrière, une fente mesurant 4 cm de large sur 42,5 cm de haut avec un trou rond au milieu. Elle est tout encadrée de roussard. Elle se situe aujourd’hui côté intérieur de l’enceinte, en face du pignon de la dépendance agricole. Or, une ouverture de tir de flanquement se situe nécessairement à l’extérieur de la cour.

Ceci amène à affirmer qu’il existait à l’origine un mur de clôture différent qui reliait la tour à l’angle du principal logis d’habitation.

Ce que l’on sait aussi, c’est que la tour et le mur écran ont été bâtis concomitamment ; que la tour est antérieure à la clôture nord actuelle de la cour ; qu’un mur de clôture plus ancien laissait la meurtrière nord-ouest à l’extérieur de l’enceinte et partait par conséquent en droite ligne vers l’un des angles Est du principal corps de logis. De ce fait, l’aile Est du logis d’habitation est nécessairement postérieure puisque le mur primitif, disparu, la laisse à l’extérieur de l’enceinte.

Chronologie des constructions liées à la tour :

  • En jaune les bâtiments plus anciens que la tour et le mur écran du portail.
  • En rouge, sans doute au tout début du XVIe siècle, une campagne de construction comprend la tour et les murs d’enceinte qui lui sont liés.

Celui du portail subsiste (mais pas le portail), celui qui se dirige vers le logis a été démoli lors de la construction de l’aile orientale d’habitation

Côté ouest de la tour aujourd’hui

Le côté de la tour qui fait face à la cour intérieure est celui qui a été le plus modifié. La carte postale du début du XXe siècle montre son état d’origine qui a depuis entièrement disparu.

Il a été reconstruit en entier vers 1930 du sol jusqu’au dessous de la charpente. L’enduit y est différent, plus régulier et plus ocre. On y voit une porte au rez-de-chaussée et une fenêtre au premier, entièrement entourées de grosses briques violacées avec des linteaux en bois. Il s’agit encore de maçonnerie à chaux et sable, mais les maçons ont appliqué entre les briques des joints en ciment. Le mur monte jusqu’au bas de la charpente. Il n’y a pas de corniche mais un alignement de grosses briques violacées.

Les côtés nord et ouest de la tour, où l’on voit la reconstruction du côté ouest et les reprises du côté nord, notamment sous la toiture.

Côté ouest de la tour à l’origine

Grâce à la carte postale ancienne, on voit qu’à l’origine, la porte se trouvait dans l’angle formé par la tour et le mur du portail. Le jambage de gauche paraît en pierre calcaire avec des réparations plus récentes faites avec des briques. Quant au jambage de droite, il n’est guère visible sur la photo. De ce jambage, il reste encore aujourd’hui la base : elle est en grès roussard et posée sur un reste de seuil. C’est le signe que la porte était à l’origine encadrée de grès roussard.

Le couvrement de la porte consiste en un arc segmentaire en pierre blanche. Le vantail paraît peu ancien. Il est d’ailleurs rectangulaire et ne ferme pas la partie haute de l’ouverture. Ses pentures sont posées à l’envers (côté extérieur). Il serait étonnant que la porte d’origine ait été encadrée en pierre calcaire tandis que toutes les autres baies d’origine de la tour sont en grès roussard ! D’autant qu’une bonne construction commande de mettre la pierre la plus résistante (le roussard) au rez-de-chaussée, surtout aux portes, plus sujettes à des frottements. Par conséquent, on peut penser que la porte a pu être repercée bien après la construction de la tour, peut-être à la fin du XVIe ou au XVIIe siècle. Ce qui est certain, c’est qu’il n’existe aucune marque de porte à un autre emplacement.

Le côté ouest de la tour, avant reconstruction (zoom de la carte postale ancienne)

La fenêtre du premier étage s’ouvre au-dessus de la porte, sans être alignée. Elle se trouve au plus près de l’angle du mur du portail. Elle est à peine moins haute que la fenêtre qui s’ouvre du côté sud de la tour. Son cadre en grès roussard paraît avoir été partiellement muré dans sa partie basse. Son rebord a été brisé. Au dessous du cadre de la fenêtre on trouve deux assises de grès roussard. Il ne s’agit pas de piédroits qui prolongeraient vers la fenêtre vers le bas jusqu’à en faire une porte, mais des pierres qui ne n’alignent pas avec les montants de la fenêtre et qui ont un rôle de chaînage. La nature de la pierre employée (roussard) indique une ouverture d’origine. On ne voit pas sur la photo le montant de droite et l’on ne peut déterminer s’il est masqué par le mur du portail ou non.
Plus haut, la photo ancienne montre des vestiges de la corniche en tuffeau et du bandeau marqué au lait de chaux qui la souligne.

Parties intérieures

Le rez-de-chaussée de la tour

A l’intérieur de la tour, le rez-de-chaussée a dû servir longtemps de toits à porcs. Ce peut être son usage dès l’origine, d’ailleurs. Le sol est au-dessus du niveau de la cour de 15 cm environ (hauteur d’un seuil). Il est actuellement revêtu de briques violacées du début du XXe siècle.
La pièce est de plan quadrangulaire irrégulier. Elle mesure 3,70 m dans les sens Est/Ouest et 3,34 m dans le sens nord/sud.
Les murs ont été entièrement renduits à diverses époques à chaux et sable.
Le mur nord est rectiligne on n’y voit aucune particularité, pas même les traces de la meurtrière qui s’y trouve pourtant. Les enduits ont définitivement masqué jusqu’au cadre intérieur qui doit pourtant être en roussard. En haut du mur, on aperçoit les marques laissées dans le mur par le plancher initial qui était un peu plus bas que l’actuel. Il n’y pas davantage de particularités sur le mur Est. Il forme un angle à peu près droit avec le mur nord. Côté sud, on ne voit plus l’autre meurtrière, également masquée par les enduits refaits à plusieurs reprises. Grâce à la petite fenêtre entourée de tuffeau à l’extérieur (du XVIIIe siècle ?), on peut mesurer l’épaisseur du mur à cet endroit : 93 cm. Dans l’angle des murs sud et Est, en haut, on voit le bas du jambage de la cheminée du premier étage, preuve supplémentaire que le plancher supérieur du rez-de-chaussée était initialement plus bas qu’aujourd’hui.

On verra plus d’images lors de l’ouverture des fenêtres.

Quant au mur Sud, il résulte entièrement de la construction des années 1930/40, à l’exception de son angle sud où subsiste encore un peu de la maçonnerie d’origine ce qui permet de voir que le mur avait au départ une épaisseur de 67 cm (aujourd’hui de 43 cm).

A l’origine, la hauteur du rez-de-chaussée était de 2,55 m sous solives. Il est aujourd’hui plus haut de 53 cm environ. Lors des travaux des années 1920, des solives ont été reposées et couvertes d’un traditionnel torchis, mais sans enduit par-dessous.

Le premier étage de la tour

Le niveau du sol du premier étage était à l’origine 53 cm plus bas qu’aujourd’hui. Les traces de l’ancien plancher et la conservation des enduits d’origine le prouvent. En effet, le mur enduit et blanchi se poursuit jusqu’en haut du rez-de-chaussée actuel.
Le plan quadrangulaire du premier étage est identique à celui du rez-de-chaussée.

Le mur nord conserve entièrement son enduit blanchi à la chaux qui prouve que cette pièce était habitée. Plusieurs fermiers du XIXe siècle ont utilisé ce mur comme un tableau d’écriture : ils ont laissé leur nom, parfois une phrase littéraire et des dates (1842, 1861, 1869, etc.).

Le mur Est ne diffère pas du précédent. Il porte aussi de nombreuses inscriptions de même type.


Dans l’angle nord-est se trouve une cheminée dont le foyer est pratiqué dans l’épaisseur du mur de sorte que le chambranle est sur le même plan que le mur. Il est construit en pierre de taille calcaire. Les jambages descendent jusqu’à 53 cm au-dessous du sol actuel. Au total le foyer d’origine mesurait 99 cm de large sur 93 de haut. Cette cheminée ne portant aucune moulure ne peut être datée. Elle est évidemment ancienne.
Rien ne montre qu’elle serait postérieure à la construction de la tour.

Premier étage de la tour : haut de la cheminée d’un type plutôt connu à la fin du XVIIe siècle

Le mur sud est percé de la fenêtre d’origine dont l’ébrasement est encadré en grès roussard, sauf le jambage le plus haut et le couvrement en linteau clavé qui sont en tuffeau. L’ouverture est murée mais en passant par quelque vide on parvient à mesurer à mesurer l’épaisseur du mur au premier étage : 75 cm, par conséquent moindre que celle du rez-de-chaussée (presque 20 cm de moins).


Tout le mur ouest date de la reconstruction de cette portion de la tour, à l’exception de la maçonnerie qui fait l’angle sud-ouest. Le mur nouveau a la même épaisseur qu’au rez-de-chaussée. L’ouverture est de même construction : entourée de grosses briques violacées ornées de joints au ciment.


Le plancher supérieur, construit à 2,93 m du sol d’origine, a presque entièrement disparu. Il était constitué de torchis enduit et blanchi par dessous d’une épaisseur de 23 cm. Il était porté par sept solives de 16 cm d’équarrissage placées dans le sens Est/Ouest et espacées de 26 à 30 cm.
Chaque extrémité des solives s’enfonçaient de 15 cm dans le mur. Il n’en reste qu’une seule, celle qui longe le mur nord. Les autres ont été arrachées laissant seulement leur empreinte. Un huitième solive, plus courte, longe le mur sud et reste en place.

Le comble de la tour

Au-dessus du premier étage, le grenier est entouré d’un mur de renchaussement de 1,53 m qui n’est recouvert que d’un enduit dégrossi.
Le comble conserve sa belle charpente. On y observe un chevêtre du côté Est qui indique le passage du tuyau de cheminée. L’extrémité ouest des tirants est quelque peu pourrie et les bâtisseurs des années 1920 les ont soutenues par une pièce de bois posée dans le sens nord/sud. La pente du toit atteint 68 °.


La couverture d’ardoise a été réalisée par le couvreur Renoux en 1894 et 1906, selon les inscriptions gravées sur la corniche. Il y a placé au sommet un épi de faîtage décoré d’un dauphin en fer blanc.

La majorité du texte provient de l’étude historique rédigée par Damien Castel, 4ème trimestre 2014
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