La pièce, autrefois une laiterie, située symétriquement aux sous-latrines ouest, n’était pas destinée à devenir une latrine en raison de contraintes structurelles et olfactives liées au conduit des latrines de l’étage.
Nous avons décidé d’en faire une salle de bain.
Rappel de l’état de la pièce avant les travaux :
L’Ancienne laiterie
Etape 1 suppression des éléments en béton
Le chantier
Fenêtre
On peut voir de l’extérieur la petite fenêtre percée au-dessus d’une allège qui mesurait à l’origine 1,85 m de haut mais qui a été rabaissée vers 1900.
L’ouverture d’origine mesurait 35 cm de large sur 47 de haut. Côté intérieur, l’ébrasement est encadré de tuffeau avec un couvrement en arc segmentaire. La partie a été agrandie vers 1900 et était seulement encadrée de maçonnerie. Le vantail était une menuiserie des années 1900.
Avant
Après
avant après de l’intérieur
L’authenticité de la petite fenêtre d’origine a été préservée en restaurant son cadre en calcaire de Nuillé, caractérisé par un linteau monolithe et des arêtes chanfreinées. L’agrandissement du début du XXe siècle a été inversé pour restituer son apparence d’origine, supprimant les ajouts en brique et en bois.
Restauration du sol
Le sol était revêtu de pavés anciens de 16 cm de côté probablement posés vers 1900. Ils sont remplacés par des tomettes, choix respectueux de l’esthétique et de la période historique du manoir.
Restauration des murs
Les murs sont refait à la chaux avec des parties en tadelakt.
Cette technique utilise principalement du plâtre de chaux, qui est compacté, poli, et traité avec du savon pour le rendre imperméable et hydrofuge. La spécificité du tadelakt tient à sa finition lisse, parfois brillante ou mate, et à sa capacité à épouser des formes courbes de par son application en pâte, sans joint, ce qui lui confère un caractère doux et ondulant.
La mise en œuvre du tadelakt est traditionnellement laborieuse, nécessitant un polissage avec une pierre de rivière et un traitement avec de l’acide oléique sous forme de savon d’olive pour lui donner son apparence finale et sa résistance à l’eau.
Le chantier du plafond
Les détails sur la restauration du plafond seront discutés dans un futur article. Voir l’explication en bas de cet article.
Vu de l’étage tout est bouché et on peut marcher sur le plancher.
La porte
La restauration de l’ouverture de la porte a été effectuée en conservant ses dimensions et son cadre en pierre de taille originels, alignés sur l’architecture du pavillon Est.
de l’intérieurde l’extérieur
Salle de bain
L’espace a été réaménagé en salle de bain moderne, intégrant un évier en pierre et une baignoire-douche, optimisant l’espace restreint sans compromettre le caractère historique.
Dessins préparatoires pour le prochain chantier.
Le plafond incorporera de petites ouvertures de vmc contre l’humidité incorporés dans un faux plafond vouté.
Ce faux plafond bénéficiera d’une fresque peinte à la main par Jean-François.
Des dessins préparatoires ont été réalisés en vue de cette prochaine étape :
La suite dans un prochain article !
remerciements à Samuel Gatouillat, sur ce chantier (et sur bien d’autres ! )
Au mois de décembre petite visite à la Médiathèque du Patrimoine et de la Photographie pour consulter les dossiers administratifs d’établissement des parties inscrites et classées du monument.
D’après les quelques images qui avait été publiées récemment sur le site Mérimée je savais qu’un nombre inconnu de photographies devaient y être accessibles également.
L’arrêté du 24/071986 portant inscription du manoir et des ses dépendances sur l’inventaire supplémentaire (Classés) des monuments historiques pour
le corps du logis dans sa totalité
le portail d’entrée au sud-est avec la tour voisine
L’arrêté du 19 décembre 1985 sur l’inscription en totalité
Le dossier de domanialité
le dossier de recensement avec :
Les demandes d’avis en vue des commissions des monuments historiques
Les procès verbaux des commissions
Les photos plans et cadastres qui ont été pris pour les différentes commissions.
J’ai pu faire rectifier preuve à l’appui ce qui est inscrit sur le site Mérimée pour la notice du manoir.
En effet, le texte figurant avant sur la notice PA00109934 comportait une erreur :
Précision sur la protection de l’édifice :
Corps de logis et portail d’entrée au sud-est, avec la tour voisine (cad. A 457) : classement par arrêté du 24 juillet 1986 ; Le manoir et ses dépendances à l’exception des parties classées : inscription par arrêté du 24 juillet 1986
En effet, sur l’arrêté ministériel il est mentionné :
Précision sur la protection de l’édifice :
Corps de logis, en totalité et portail d’entrée au sud-est, avec la tour voisine (cad. A 457) : classement par arrêté du 24 juillet 1986 ; Le manoir et ses dépendances à l’exception des parties classées : inscription par arrêté du 24 juillet 1986
Un petit détail qui change tout et qui permet de lever des doutes dans nos communication avec la DRAC, la région et le département quand on évoque les travaux sur les Ailes Nord et Est du Corps de logis.
Les clichés
Les clichés sont très intéressants et ont été établis pour l’inventaire en 1973.
On y retrouve des plan d’ensemble que nous ne connaissions pas
Vue depuis l’ouestAile Est depuis le Nordvue d’ensemble depuis l’entrée du cheminle portail et la tour classés
Des détails.
La tour effondrée sans les
de belles photo de la tour effondrée avant la mise en pace des toles.
Des éléments insolites.
Tas de pierre de la tour
détail intéressant sur les pierres
Ces éléments ainsi que les pierres déjà retrouvées permettront d’enrichir les projections de la forme originelle des sculptures autour de la porte d’entrée.
Pour rappel sur la restauration de la porte :
Il y avait déjà eu beaucoup de débats à ce sujet. Sans jeu de mot, ce sont de nouvelles pierres apportées à la réflexion. Peut être encore un prochain chantier…
Ci-dessous, l’usage pratico-pratique du premier étage du logis et des combles comme entrepôt de grains et foin.
Quelques comparaisons.
la restauration de la chambre à la colonneLa restauration de la tour d’escalierLa restauration de l’aile Est qui se poursuit.
Voici la description du chantier de restauration de la pièce située sur les latrines de premier étage de l’Aile Nord. Nous l’avions visité à notre arrivée :
Elle était alors ouverte sur l’extérieur pour accueillir des animaux et la porte intérieure murée. Une salle de bain et en particulier une baignoire se trouvant juste derrière, quelques travaux préliminaires ont dû être fait.
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Ouverture vers l’oratoire.
Souvenir du chantier qui a mené à l’ouverture de la communication de la garde-robe Ouest et cette ‘sous-latrine’ ou ‘dépense’.
ci dessous la fameuse baignoire et l’ouverture de la porte.
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Restauration de la fenêtre
De l’extérieur on retrouve cette fenêtre particulière avec un accolade qui montre l’usage de cette pièce comme un oratoire à l’époque où l’abbé Robert II de Tiercelin habitait au manoir.
De l’intérieur il restait beaucoup de pierres taillées. On a tout gardé et la pierre d’assise, manquante, a été entièrement refaite.
glissez pour comparer
Restauration du Plafond
Il ne restait que les solives apparentes sur le plafond.
Historiquement du barreaudage reposait sur ces solives. Des barreaux de châtaigner enroulés d’un torchis-foin-terre.
Toute la surface a été refaite
Fermeture de la porte vers l’extérieur
Cette pièce étant destinée à accueillir de futurs sanitaires, une évacuation des eaux est mise en place en même temps que la restauration du mur extérieur.
Restauration des murs.
Tous les murs sont restaurés et blanchis. Les pierres d’arrachement marquant l’endroit où se trouvait la cloison sous la latrine sont préservées lorsqu’elles sont présentes :
Une remise en ligne d’un article qui avait retiré par erreur il y a quelques mois.
Vous pouvez retrouver l’état des lieux à notre arrivée dans le billet ci dessous.
Pour rappel, quelques images de cette petite pièce qui était une salle de bain.
Plusieurs chantiers ont eu lieux dans cette pièce.
Dans le coin Nord Est de la pièce le mur de refend qui sépare la garde-robe de la chambre de retrait mesurerait environ 40 cm d’épaisseur. Il est construit en maçonnerie de moellons et enduit puis blanchi.
Une porte assurait la communication avec la chambre de retrait mais elle était entièrement murée et invisible.
Ouverture vers la chambre à la colonne.
L’ouverture a eu lieu au moment des travaux sur la chambre à la colonne.
Ouverture vers les toilettes.
Derrière la baignoire la porte vers ce qui était le poulailler a été ouverte.
Lors de ces opérations, derrière l’enduit sous la fenêtre Ouest, à gauche de cette ouverture de porte a été découvert l’emplacement d’un linteau d’une porte. Derrière une couche de béton.
Découverte de la seconde porte Ouest
Un travail minutieux de piochage des enduits a permis de garder toutes les pierres encore en place
Plan de restauration
Un illustration de que pourrait donner ce coté du mur une fois restauré. Fait par Jean-François Lecomte.
Les travaux
Mur Ouest avant après
Photo d’ensemble une fois le chantier terminé
D’une pièce en cul de sac ne comportant qu’une porte, on se retrouve avec une pièce contenant quatre portes sur trois murs. Deux portes murées qu’on savait exister par les traces sur l’envers de murs et une porte inconnue dont nous ne voyions même pas les traces de l’autres côté.
L’association ACM : « Art et Civilisation du Maine » avait prévu le 22 Octobre 2023 un parcours dans les environs de Sainte Cérotte, Saint-Calais et Conflans sur Anille.
Dans un coin du Manoir de la Chevallerie, une pièce discrète, presque oubliée, commence à raconter son histoire. Nichée à côté du pressoir, cette sous-pièce, qui n’était accessible que depuis l’extérieur, est le témoin silencieux d’un passé révolu.
Depuis notre arrivée, ses portes sont restées closes la plupart du temps, comme pour préserver les secrets d’une époque lointaine. L’état pignon Est et du mur d’enceinte, tous deux grandement abîmés, rendaient son accès difficile. Cette pièce n’a pas bougée et a été condamnée par sécurité.
Un Défi Structurel
Travaux de la toiture
L’état du pignon ne faisait qu’empirer avec le temps, menaçant de réduire cette pièce à un simple souvenir. Mais, avec la rénovation de la toiture Sud, une opportunité s’est présentée : celle de redonner vie à cet espace
Une Forteresse de Pierre
Le mur du pignon Est, d’une épaisseur impressionnante de près de deux mètres, est une véritable forteresse de pierre. Des renforts et des témoins avaient été judicieusement positionnés dès le début pour détecter toute perte d’intégrité de la structure. Ces mesures préventives ont été la clé pour maintenir la stabilité pendant que nous préparions la pièce pour son renouveau.
Les travaux
Nous avons entrepris de réparer l’angle du pignon avec une attention méticuleuse, de refaire l’encadrement de la porte et d’initier un premier chantier de rénovation pour cette pièce pleine de potentiel.
L’encadrement de la porte
L’ouverture de la porte est étayée en attendant la pose des pierres taillées
Pose des pierre d’encadrement
Pose des pierre de linteau
Avant après de l’intérieur
Avant après de l’extérieur
Murs intérieurs
Le mur sud du pignon sud
L’occasion du chantier permet de prendre soin du mur sur le côté gauche de la porte. Il avait besoin d’un peu de consolidation
Un avenir prometteur
Cette pièce, autrefois condamnée et isolée, est sur le point de renaître. À terme, elle sera réouverte sur le pressoir, créant ainsi un espace fluide et cohérent. Un escalier sera installé, permettant un accès au premier étage.
Nous sommes impatients de partager avec vous prochainement la transformation de cette pièce.
Voici une petite série d’images qui retracent l’évolution de la toiture au fil des ans.
vue de la toiture en 2011
Des tuiles faitières avaient été remplacées en 2020
2020
2023
20232023
Montage de l’échafaudage
Préparation des matériaux en famille
Les stocks de tuiles chinées par ci par là sont ouverts.
Sous un ciel clément, trois générations se sont unies dans la préparation du chantier. Le petit-fils ci dessus avec son grand père Jean-François pour libérer les tuiles en terre cuite chinées depuis quelques mois.
Comme pour la toiture nord on met en place de nouveau coyaux pour écarter les pluies des murs. Ce n’est pas un menuisier qui les a fait cette fois ci :
La fille pour le découpage à la scie à ruban des coyaux.
Jean-François, avec son œil expert, a adouci les courbes et réalisé le chanfreinage, donnant vie à ces pièces de bois qui allient fonctionnalité et esthétique.
Les stocks de bois sont contrôlés par le chien. Tout le monde met la main à la patte…
La pose de coyaux
La pose de nouveaux coyaux, essentiels pour protéger les murs des intempéries, a été réalisée avec un soin particulier.
Fenêtres à tabatière
La restauration des fenêtres à tabatière a été un véritable défi. L’une avait disparu et l’autre survivait dans un état précaire.
Par un heureux hasard, des modèles similaires ont été dénichés. L’adaptation de ces fenêtres historiques s’est faite avec une précision remarquable.
Intérieurs
Les travaux ont également été l’occasion de capturer des images saisissantes de la charpente, cette ossature qui a bravé les siècles. Ces photographies seront le sujet d’un prochain article, qui détaillera aussi la rénovation du sol au-dessus de la porte du pressoir
La photographie ci dessous fera le sujet d’un prochain article, qui détaillera aussi la rénovation du sol au-dessus de la porte du pressoir.
Pose des tuiles
La pose des tuiles s’est déroulée en plusieurs étapes méticuleuses, illustrée en images ci dessous.
On dépose les anciennes tuiles tout en prenant soin de les tester et de garder celles en bon état.
Pose du par buée.
Complétion de la pente
Les faitières
Les solins.
Les solins ont été maçonnés sans plaque de zinc afin d’éviter de futurs réactions acier/zinc/chaux. Les solins sont effectués en plusieurs couches successives sur plusieurs semaines.
Lorsqu’on peut être au moins trois, un des chantiers qu’on ouvre est celui du grenier du bâtiment principal. La réfection du plancher en terre. Je ferai un article dédié sur la technique et les étapes plus en détail. En attendant quelques images rapides.
On choisit un trou, on confectionne des fusées avec des barreaux de châtaigner, du foin, du bournais (de la terre mi argileuse mi limoneuse)
et on pose
en calant bien.
Lorsque l’énergie s’épuise où qu’on manque de bras on peut s’amuser à d’autres jeux.
Des pierres
Il y a toujours des pierres à empiler ou déplacer.
Le tracteur nous a aussi bien servi sur la période, c’est un associé très pratique pour ces transhumance de pierres, surtout pour les plus grosses.
On profite des nouvelles compétences en soudure du plus jeune de la famille pour améliorer et réparer la bennette du tracteur :
ce qui est bien utile pour la partie défrichage
Autour du puit
La maçonnerie du puit nécessite d’être remplacée et la charpente donne des signes de fatigue
Margelle et charpente seront remplacés, probablement avec une charpente supportant des tuiles en tavaillons.
En attendant on enlève le plus gros
le moteur et la pompe seront récupérés, inspecté, réparés. Le conduit est propre d’aspect. Il faudra néanmoins en faire l’inspection.
Ouverture de porte sur le Pignon Ouest du corps de ferme sud
On a pu noter dans l’article ci dessous la présence de pierres d’encadrement en roussard sur le pignon Ouest du corps de ferme sud.
Nous n’avions pas encore pris le temps d’explorer plus en profondeur. De l’autre côté du mur le sol est au niveau du haut de la porte avec beaucoup de ciment à piocher.
pour rappel :
pendant
Sur cette image deux trois choses à remarquer.
le mur de gauche (à refaire c’est quasiment un mur en pierre sèche vu le peu de chaux qui reste)
Le début du travail se fait uniquement sous la pierre d’encadrement en pierre de roussard pour évaluer ce qu’il y a derrière.
On voit des fissures sur le pignon et on sait qu’il va il y avoir de la maçonnerie à faire pour façonner un arc de décharge et protéger la potentielle ouverture.
On voit une pierre blanche percée en hauteur, ce qui peut ressembler éventuellement à une bouche à feu. On est en fait ici à quelques mètres en dessous du niveau du sol de la pièce derrière le mur. La pierre percée est en fait à hauteur de tête humaine de l’autre côté…
sur cette image on a calculé que la pierre trouée blanche se trouve au niveau de la grosse pierre blanche avec du ciment. En haut au centre de l’image.
De plus on voit également sur le sol une dalle en béton. Peut être un accès vers un escalier muré.
Premiers piochages
Les premiers piochages sont très prometteur. On voir que la pierre d’encadrement en roussard est très entrante dans le mur et on a aucun mal à voir un départ de voute en tuffeau.
La voute
Arrivé au stade de cette image
voici ce qu’on peut voir
mise en place de quoi renforcer le mur
Il n’y plus de trace de pierre de roussard pour l’encadrement de droit. Il n’y aura pas de piochage plus avant de ce côté là.
On profite d’être littéralement à pied d’œuvre pour mettre en place l’échafaudage qui nous permettra de renforcer le mur à gauche de la porte et intervenir au dessus de l’ouverture
Détails
Sur une des pierre d’encadrement de gauche on voit bien le trou permettant la mise en place d’une barre de fermeture
On voit dans l’image ci dessous beaucoup de réemploi de pierres de tuffeau taillées pour murer en profondeur.
On devine quelque départ de maçonnerie mais on ne peut pas encore dire si il y a un escalier, descendant ou montant ou une pièce sur un niveau qui n’existe plus maintenant.
Le suspens devra perdurer encore. Jusqu’aux prochaines vacances.
Rares sont les portails seigneuriaux qui subsistent, et encore plus ceux qui remontent à la fin du Moyen Age, particulièrement dans les résidences qui n’ont pas de fortifications, comme à la Chevalerie. On connaît des châtelets d’entrée à Chéronne (XVe, à Tuffé) et à Pescheray (XVIe, au Breil-sur-Merise), ou plus tardifs (Courtanvaux, à Bessé, vers 1550). Mais ce sont là des ouvrages qui accompagnent des ensembles fortifiés et qui correspondent à des châtellenies, ou des hautes justices.
Les seigneuries qui n’ont pas de droit particulier de se fortifier, comme sont les simples basses justices (et la Chevalerie appartient à cette catégorie) n’ont pas de tels bâtiments d’entrée. Seulement une ouverture dans un mur de clôture. Très peu sont conservées, probablement parce que l’usage agricole a rendu gênants ces écrans, et que leur démolition a été ardemment souhaitée par les fermiers.
Il ne semble pas subsister d’ouverture de ce type dans la Sarthe. Dans le Loir et Cher, on peut citer l’entrée aujourd’hui très dégradée du manoir de Bonaventure, à Mazanger, près de Montoire, avec sa tourelle d’angle. Il faut retrouver des images plus anciennes, montrant les portails avant leurs démolitions.
Les restes du portail d’entrée du manoir de la Bonaventure à Mazangé (41) avant restauration
A ce titre, le dessin réalisé en 1699 pour le collectionneur Gaignières du petit manoir construit pour le roi Charles VII près de Chinon, dénommé lui aussi Bonaventure, est instructif. Il montre un logis de peu d’importance placé avec ses dépendances dans une cour, le tout enfermé dans une enceinte de murs ordinaires, avec un portail d’entrée. Ce dernier se compose d’une porte charretière à doubles battants et une porte piétonne à côté, le tout sous une portion de mur simplement plus élevée et couverte d’une petite toiture. On n’est pas très loin de ce qui existe aujourd’hui à la Chevalerie, la porte guichetière en plus. Surtout, l’arcade de la Chevalerie ne date plus du XVe siècle
Le portail d’entrée du manoir de Bonaventure, près de Chinon, bâti par le roi Charles VII, dessiné en 1699
Il faut imaginer à la Chevalerie un portail d’entrée de même type que celui de la Bonaventure, près de Chinon. Un mur plus élevé au dessus des deux ouvertures (cochère et piétonne) avec une petite toiture. La mouluration dessinée en 1699 à la Bonaventure est tout à fait conforme aux modes constructifs du XVe siècle. L’ouverture charretière d’origine n’était sans doute pas aussi large qu’aujourd’hui à la Chevalerie, ce qui laissait la place d’ouvrir un guichet sur son côté sud. Les vantaux étaient pleins, constitué côté du dehors de planches verticales, sûrement doublés côté intérieur de planches épaisses posées dans le sens horizontal, le tout fixé à gros clous forgés.
Documentation sur le portail de la Chevalerie
Les images les plus anciennes du portail de la Chevalerie ne remontent pas au-delà du début du XXe siècle mais le plan cadastral de 1829 prouve qu’il n’a pas été modifié dans son emplacement depuis le début du XIXe siècle. Du côté des textes, il n’existe qu’une seule mention du portail, celle contenue dans la montrée de l’an 2 qui est on ne peut plus sommaire :
« Que le portail de l’entrée de la cour est en passable état ».
Au défaut de documents plus précis ou plus anciens, l’observation de l’état actuel du portail supplée aisément, car il n’est pas différent de ce que l’on voir sur les photographies du début du XXe siècle. Bien plus, il semble n’avoir pas été retouché depuis plusieurs siècles.
Le mur écran
Face au court chemin d’accès se dresse un mur de clôture qui mesure aujourd’hui 2,76 m long au sud (à gauche) de l’arcade, et 4,60 m au nord (à droite) de l’arcade, l’ouverture mesurant quant à elle 2,90 m. Ainsi cet écran mural mesure en totalité 10,26 m de long.
Le porche d’entrée de la Chevalerie en 1927Le portail d’entrée de la Chevalerie en 1930
On ne peut pas non plus exclure un type de couronnement plus ornemental, tel qu’un crénelage, mais à notre avis cela paraîtrait disproportionné par rapport au statut féodal de la Chevalerie. Quant à l’éventualité d’un chemin de ronde, elle ne nous paraît guère crédible. Tout d’abord pour la raison que la Chevalerie n’a aucun droit de fortification. Et aussi parce qu’aucune disposition à droite ou à gauche du mur ne peut s’accorder avec une telle hypothèse : il n’existe pas d’escalier dans la cour pour monter en haut du mur, il n’y a pas de trace d’ouvrage militaire comme créneaux ou mâchicoulis. Quant à l’image seigneuriale du portail, elle résulte suffisamment du mur d’enceinte et du caractère monumental de l’arcade et de sa tour de flanquement.
Il n’est inutile de remarquer que l’extrémité sud-ouest de la maçonnerie du mur écran entoure l’angle de la dépendance, ce qui est une preuve indubitable que cette dernière est antérieure au mur.
Le mur écran est bâti en moellons avec un mortier de chaux et sable. Son épaisseur mesure 84 cm. Sa hauteur au point le plus élevé atteint 4,90 m. Mais c’est à son sommet que le mur a le plus souffert, aussi, on ne peut être très précis sur la hauteur primitive et pas davantage sur le type de couronnement à l’origine. S’agissait-il d’un chaperon à deux pentes, d’un glacis avec une pente vers la cour pour l’écoulement de l’eau, ou bien une tablette de pierre de taille dure ?
Au contraire, à l’extrémité nord-est du mur écran, la maçonnerie pénètre la tour de flanquement. Mur et tour semblent absolument contemporains. D’ailleurs, côté cour, le mur forme un petit virage correspondant à la forme de la tour. Ainsi, on comprend pourquoi le grès roussard et le tuffeau apparaissent à la Chevalerie dans ces deux constructions : il s’agit de la même campagne de travaux.
La grande arcade
Le grand portail, sous sa forme actuelle mesure 2,90 m de large et 2,70 m de haut à la base de l’arcade et 3,90 m sous clef. Il est encadré de montant verticaux en grès roussard et couvert d’un arc en anse de panier entièrement appareillé en pierre de taille blanche. Il s’agit d’une pierre de taille calcaire semi dure de type calcaire oolithique. Vu de l’extérieur, les montants sont posés sur une base en grès roussard saillante. Le cadre est décoré d’un chanfrein qui vient mourir sur un congé marqué sur le quatrième piédroit en partant du sol. Les trois piédroits inférieurs sont plus larges et on y voit les vestiges d’une mouluration, sous le congé. L’arc en anse de panier est également chanfreiné. Au centre, on remarque que la clef est saillante et taillée en pointe de diamant, un décor qui n’apparaît guère avant la fin du XVIe siècle et qui se répand surtout à partir du début du XVIIe siècle. De part et d’autre de cette agrafe, on voit que les deux claveaux sont attachés en semble par une petite fourche en fer forgé, renfort qui remonte manifestement à l’origine de la construction.
Dans l’ensemble, ces caractères évoquent une reconstruction de l’arcade vers 1600, si ce n’est même plus tard.
Le portail d’entrée de la Chevalerie vers 1930 (détail)
Au dessus de l’arcade le mur se continue mais une partie de sa hauteur a été supprimée lors de la construction de la petite couverture à deux pentes. Cette dernière existe déjà sur la photographie du début du XXe siècle. Mais il est douteux qu’elle soit antérieure au XIXe siècle. Avant qu’elle soit construite, le mur au-dessus de l’arcade devait avoir au moins la même hauteur qu’à droite et à gauche, voire davantage, comme on l’observe sur le portail du manoir de Bonaventure. Vu l’époque de construction de cette arcade (vers 1600), on ne peut pas exclure qu’il ait existé un entablement, d’une expression très simple compte-tenu du caractère rustique de ce qui subsiste. Peut-être seulement le ressaut d’une corniche qui a pu couronner tout le mur.
Le portail d’entrée de la Chevalerie vers 1940 ou 1950 (collection Durand)
L’ébrasement intérieur de la grande arcade
L’ébrasement du portail est également bordé de montants en pierre de taille, mais les assises de roussard montent moins haut. Il est vrai que ces montants sont moins sujets aux frottements que le cadre extérieur, étant protégé par les vantaux de bois lorsqu’ils sont ouverts. Ce détail prouve d’ailleurs que le grès roussard est plutôt économisé à la Chevalerie, que l’entrepreneur l’a considéré comme un matériau plus onéreux que la pierre de taille blanche. L’ébrasement est couvert d’un linteau composé de trois pièces parallèles de charpente. Dans celle qui jouxte l’arcade extérieure, on observe encore les deux trous servant à l’axe de rotation supérieur des vantaux de chêne. L’axe inférieur était sûrement en fer et devait tourner dans un trou creusé dans un bloc de grès dur. Mais tout cet ouvrage ne peut pas être plus ancien que 1600 environ. Les gonds qui existent actuellement dans l’ébrasement ne datent que du début du XXe siècle. Ils y ont été entés pour permettre de faire tourner deux vantaux en claire-voie qui n’existent pas encore sur la carte postale du début du XXe siècle mais que l’on voit sur les photos de la famille Durand.
Le revers du portail d’entrée de la Chevalerie, carte postale du début du XXe siècle (détail)
Dans le prochain article sur le portail : l’état des lieux à l’acquisition en 2011.
La majorité du texte provient de l’étude historique rédigée par Damien Castel, 4ème trimestre 2014 Tous droits de reproduction (texte et images) sont réservés